Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est entré samedi en confrontation ouverte avec le président américain Donald Trump, à la suite de l’annonce par Washington de la création de plusieurs organes internationaux chargés de superviser la fin de la guerre et la reconstruction de la bande de Gaza.
Dans un communiqué officiel, le bureau du Premier ministre a dénoncé une décision non coordonnée avec Israël et contraire à sa politique, notamment en raison de l’intégration de représentants de la Turquie, du Qatar et des Émirats arabes unis dans le mécanisme annoncé par la Maison-Blanche.
« Une annonce non coordonnée et contraire à notre politique »
Selon le communiqué diffusé par Jérusalem :
« L’annonce concernant la composition du comité directeur pour Gaza, placé sous l’autorité de la Conférence de la paix, n’a pas été coordonnée avec Israël et va à l’encontre de sa politique. Le Premier ministre a demandé au ministre des Affaires étrangères de saisir le secrétaire d’État américain à ce sujet. »
Cette déclaration intervient quelques heures après l’annonce officielle de Washington, faite dans la nuit de vendredi à samedi, alors même que la guerre n’est pas terminée et que la phase A de l’accord n’a pas encore été pleinement mise en œuvre.
Version américaine : Israël aurait été informé
Un responsable américain a toutefois livré une version sensiblement différente. Selon cette source, Israël aurait été pleinement informé de l’ensemble des démarches, y compris de la création des trois structures appelées à gérer la transition à Gaza, parmi lesquelles :
- la Conseil de la paix,
- le comité directeur international,
- et le gouvernement technocratique palestinien composé de 15 membres.
Ce gouvernement palestinien, majoritairement constitué d’anciens responsables de l’Autorité palestinienne, a vu tous ses membres validés par les services de sécurité israéliens, à l’exception d’un candidat qui a été écarté après un refus du Shin Bet.
Ces éléments ont conduit plusieurs observateurs à estimer que la réaction publique de Netanyahu pourrait également répondre à des considérations politiques internes, dans un contexte de fortes tensions au sein de la coalition.
Une réalité complexe sur le terrain à Gaza
L’annonce américaine intervient dans une situation sécuritaire toujours instable. En pratique :
- Israël contrôle plus de la moitié du territoire de Gaza,
- le Hamas conserve une emprise sur la majorité de la population,
- et le cessez-le-feu est régulièrement violé, notamment par des attaques du Hamas, auxquelles Israël répond par des éliminations ciblées de cadres terroristes.
Cette réalité soulève des interrogations à Jérusalem sur la faisabilité d’un processus de reconstruction et de gouvernance internationale alors que le Hamas n’a pas été totalement neutralisé.
La structure internationale annoncée par Washington
Selon la Maison-Blanche, le dispositif repose sur deux niveaux principaux :
1. Le Conseil de la paix, présidé par Donald Trump, comprenant notamment :
- Marco Rubio,
- Steve Witkoff,
- Jared Kushner,
- Tony Blair,
- le président de la Banque mondiale Ajay Banga.
2. Le comité directeur pour Gaza, chargé de superviser l’action du gouvernement palestinien et le processus de reconstruction et de démilitarisation, dirigé par Nikolay Mladenov, et incluant notamment :
- le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan,
- un représentant qatari,
- la ministre émiratie Reem Al Hashimy,
- la représentante de l’ONU Sigrid Kaag,
- le chef du renseignement égyptien Hassan Rashad,
- et l’homme d’affaires israélien Yakir Gabay.
Des critiques virulentes en Israël
Dans l’opposition, le député Gilad Kariv a attaqué frontalement le Premier ministre, affirmant que la composition de la Conseil de la paix était le résultat direct de la politique menée par Netanyahu, l’accusant d’avoir compromis les intérêts sécuritaires d’Israël bien avant le 7 octobre.
Ces critiques s’ajoutent à celles déjà formulées par l’opposition et par plusieurs ministres de la coalition, révélant une fracture politique profonde autour de la question du « jour d’après » à Gaza.
Une alliance sous tension
Si la coopération stratégique entre Israël et les États-Unis demeure centrale, cet épisode met en lumière des divergences majeures sur la gouvernance post-conflit de Gaza, en particulier sur le rôle accordé à des États que Jérusalem considère comme hostiles ou ambigus vis-à-vis du Hamas.
La question clé reste ouverte : s’agit-il d’une crise diplomatique passagère ou du premier signe d’un désaccord durable entre Netanyahu et Trump sur l’avenir de Gaza ?






