Les personnes que nous deviendrons après l’IA

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Nous sommes en train de perdre le sens, et avec lui une part essentielle de la pensée humaine. C’est le constat inquiet dressé par le Dr David Weitzner, expert en management à l’Université York de Toronto, pourtant loin d’être un technophobe. Amateur de technologie, partisan d’un capitalisme efficace et rompu à la pensée systémique, il estime justement que notre dépendance croissante à l’intelligence artificielle menace ce qui fait la singularité de l’esprit humain : l’intégration du corps, de l’émotion, de la créativité, de la morale et de l’expérience vécue.

Un récent travail mené par le MIT Media Lab illustre ce danger. Publiée en juin, l’étude a suivi 54 étudiants chargés de rédiger des essais sur des sujets abstraits comme l’éthique ou la complexité des choix. Certains utilisaient ChatGPT, d’autres des moteurs de recherche, et un troisième groupe écrivait sans aide. Les résultats sont frappants : les utilisateurs du chatbot présentaient la plus faible activité cérébrale, des performances linguistiques inférieures et un sentiment d’appropriation quasi nul de leurs propres textes. Plus alarmant encore, après plusieurs mois, leur capacité cognitive ne retrouvait pas son niveau initial lorsqu’ils écrivaient sans assistance.

Les personnes que nous deviendrons après l’IA

Pour Weitzner, ces résultats confirment sa thèse développée dans son livre Thinking Like a Human. Il y défend le concept d’« intelligence artistique », une forme d’intelligence qui repose sur le corps, l’intuition, l’émotion, l’environnement et la conscience. Selon lui, l’IA approche déjà de ses limites algorithmiques, tandis que les neurosciences n’en sont qu’à leurs débuts. Miser exclusivement sur l’amélioration technologique revient à négliger un potentiel humain largement inexploité.

Cette obsession pour l’optimisation technique conduit, selon Weitzner, à ce qu’il appelle la « suprématie algorithmique ». Même les critiques de l’IA restent souvent prisonnières de cette logique : au lieu de renforcer l’intelligence humaine, elles cherchent à corriger la machine pour qu’elle stimule davantage notre cerveau, nous maintenant toujours plus longtemps devant les écrans. Une fuite en avant qu’il juge inquiétante, car elle transforme l’homme en simple rouage d’un système calculatoire.

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Les conséquences ne sont pas seulement théoriques. Dans le domaine médical, une étude polonaise publiée dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology a montré que l’usage prolongé de l’IA lors de coloscopies réduisait la capacité des médecins à détecter des lésions précancéreuses lorsqu’ils travaillaient ensuite sans assistance algorithmique. La compétence humaine s’érode lorsqu’elle n’est plus exercée.

Weitzner établit également un lien direct entre efficacité algorithmique et dérives morales. Au Canada, son pays, l’euthanasie est parfois présentée comme une solution « efficace » face aux limites du système de santé. Pour lui, il s’agit d’un exemple glaçant de raisonnement algorithmique appliqué à la vie humaine : on choisit la solution la moins coûteuse plutôt que la plus humaine. Aux États-Unis, il cite des cas où des algorithmes hospitaliers ont influencé des décisions de fin de traitement afin d’améliorer des indicateurs de performance.

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Loin de rejeter la technologie, Weitzner plaide pour un usage équilibré. Comme pour les applications de navigation, qui peuvent affaiblir le sens de l’orientation si elles sont utilisées sans discernement, l’IA doit rester un outil et non un substitut à nos capacités naturelles. Lorsqu’on cesse d’utiliser une faculté humaine, elle s’atrophie.

Il insiste aussi sur les effets sociaux et émotionnels. Des recherches conjointes du MIT et de OpenAI ont montré qu’un usage intensif des chatbots pouvait accroître la dépendance émotionnelle, la solitude et la préférence pour l’interaction avec une machine plutôt qu’avec d’autres humains. Une société hyperconnectée risque ainsi de devenir paradoxalement plus isolée.

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Pour Weitzner, la clé réside dans la redécouverte de la cognition incarnée : respirer, bouger, ressentir, agir dans le monde réel. La pensée humaine ne se réduit pas à un calcul de probabilités. Elle s’enracine dans le corps et dans les relations. Une intelligence artificielle véritablement éthique devrait soutenir cette humanité, non la remplacer.

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L’enjeu dépasse la technologie. Il concerne le type de société que nous voulons construire après l’IA. Une société qui délègue ses choix moraux aux algorithmes, ou une société qui utilise les machines pour renforcer ce qui fait sa richesse humaine : la créativité, la responsabilité et la capacité à choisir, même lorsque c’est moins « efficace ».

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