Après deux semaines de campagne intensive, le renseignement militaire israelien dresse un bilan sans précédent : la machine de guerre iranienne est paralysée. Mais Tsahal et Washington ont déjà validé trois semaines supplémentaires de frappes — jusqu’à Pessah et au-delà.
Ce n’est pas un communiqué de victoire. C’est un état des lieux de mi-parcours, livré avec la sobriété caractéristique des cercles militaires, mais dont les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après deux semaines de campagne conjointe israélo-américaine contre l’Iran, le tableau que dresse l’unité de renseignement militaire Aman est celui d’une armée iranienne structurellement désorganisée, dont les capacités offensives ont été réduites de façon spectaculaire — mais dont la destruction complète nécessite encore du temps.
Les chiffres d’Aman
L’armée de l’air a détruit environ 100 batteries de défense antiaérienne et plus de 120 radars — ce qui a permis d’établir une supériorité aérienne totale sur le territoire iranien. 70% des lanceurs de missiles ont été mis hors service, détruits ou enfouis dans des tunnels inaccessibles. Et surtout — le chiffre le plus significatif de ce bilan — la production de missiles en Iran est tombée à zéro.
Ce dernier point mérite d’être souligné. Il ne s’agit pas simplement de missiles détruits sur leurs rampes de lancement ou dans leurs bunkers. C’est la capacité industrielle elle-même — les chaînes de fabrication, les ateliers d’assemblage, les usines de propulsion — qui a été neutralisée. L’Iran ne peut plus produire de nouveaux missiles. Il ne peut que tirer ce qui lui reste, et ce stock s’épuise à chaque salve.
Des sources militaires israeliennes insistent cependant sur la nécessité de poursuivre les frappes pour empêcher toute tentative iranienne de relancer la production. Les Iraniens cherchent en permanence à rouvrir les entrées de leurs tunnels — une course permanente entre leur capacité de reconstruction partielle et les frappes israeliennes et américaines qui la contrarient.
Un plan validé jusqu’à Pessah
Israël et les États-Unis ont approuvé les plans opérationnels pour les trois prochaines semaines — ce qui explique la déclaration du chef d’état-major selon laquelle la guerre se poursuivra jusqu’à Pessah, et au-delà si nécessaire. Il s’agit d’un plan structuré et cohérent dont l’objectif est de détruire les capacités du régime dans leur totalité — toutes ses composantes, toutes ses ressources. Les sources militaires sont claires : ce temps est nécessaire pour achever la mission.
La question de la fin de guerre est délicate. En Israël, il est difficile d’identifier clairement quel serait le point de sortie stratégique. Ce sont les Américains qui ont défini les mécanismes de cessation des hostilités — Washington contrôle le calendrier et décidera du moment où les conditions seront réunies pour mettre fin aux opérations.
« Pas de pénurie d’intercepteurs »
Les rumeurs circulant depuis plusieurs jours en Israël sur un éventuel manque de missiles intercepteurs ont été formellement démenties par des sources militaires. « Nous nous sommes préparés à une guerre longue », soulignent-elles, en particulier depuis le moment où l’on a cru que le conflit touchait à sa fin et que la menace sur le territoire civil s’intensifiait. Nul besoin, donc, d’alimenter une anxiété qui ne correspond pas à la réalité opérationnelle du moment.
L’appel aux mandataires : aveu de faiblesse
La décision iranienne d’appeler le Hezbollah et les Houthis à rejoindre le combat est analysée par Tsahal comme un signal de détresse. Un régime qui supplie ses propres satellites de venir à son secours est un régime qui a épuisé une partie de ses ressources propres et qui cherche à diluer la pression qu’il subit. Le Hezbollah a répondu, les milices chiites irakiennes tirent ponctuellement des drones vers Israël — mais l’ensemble du dispositif mandataire ne change pas fondamentalement l’équilibre des forces.
En Israël, l’incertitude demeure sur ce qui se passera au Liban une fois la guerre contre l’Iran terminée. Rien ne garantit que la fin des hostilités avec Téhéran entraînera automatiquement un cessez-le-feu avec le Hezbollah. La question reste ouverte — et c’est précisément pour cette raison que les quatre divisions déployées dans le nord du pays restent en alerte maximale.
Ce bilan de mi-parcours dessine donc une image contrastée : une victoire militaire qui prend forme, mais dont les contours définitifs restent entre les mains de Washington — et dont les lendemains, au Liban comme en Iran, sont encore loin d’être écrits.






