L’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett a créé la surprise en publiant, mercredi soir, une lettre ouverte adressée aux hommes et femmes du public haredi. Dans ce message diffusé sur son compte X, Bennett adopte un ton inhabituellement direct et chaleureux à l’égard de la communauté ultra-orthodoxe, tout en lançant une attaque frontale contre ses représentants politiques, qu’il accuse de maintenir le secteur dans une dépendance sociale et économique dangereuse pour l’avenir du pays.
D’emblée, Bennett choisit une approche personnelle :
« Je vous respecte et je vous aime, et c’est précisément pour cela qu’il est important pour moi de vous parler directement. »
Il rejette l’argument selon lequel son combat contre la loi actuelle sur l’exemption du service militaire serait dirigé contre les haredim eux-mêmes. « La vérité est exactement l’inverse », écrit-il. « Ce combat n’est pas contre vous, il est pour vous. »
« Vous êtes l’avenir de l’État d’Israël »
L’ancien chef du gouvernement affirme que le poids démographique du public haredi est un fait objectif, et non un slogan idéologique. Selon lui, « dans deux générations, les haredim représenteront près de la moitié de la population juive en Israël ». Cette réalité, explique-t-il, impose une responsabilité partagée : assurer l’avenir économique, sécuritaire et social du pays ne pourra se faire sans l’intégration pleine et volontaire de cette population.
Bennett insiste sur un point qu’il juge fondamental :
« Votre foi n’est pas un problème, à Dieu ne plaise. En tant que Juif croyant, qui aime la Torah et ceux qui l’étudient, j’ai un profond respect pour votre mode de vie. Je ne cherche pas à changer vos croyances ni votre vision du monde. »
Une attaque frontale contre les dirigeants politiques haredim
C’est dans la suite du texte que le ton se durcit. Bennett accuse une « petite clique d’apparatchiks » d’exploiter politiquement et économiquement la communauté haredi. Selon lui, ces responsables empêchent volontairement les jeunes d’acquérir des compétences de base — comme l’anglais ou des outils professionnels —, les dissuadent de servir dans l’armée et bloquent toute initiative individuelle visant à une insertion digne sur le marché du travail.
« Même lorsqu’un jeune ou une jeune femme souhaite avancer de son plein gré, ces apparatchiks menacent, exercent des pressions, pratiquent l’ostracisme et dressent des murs autour de ceux qui osent sortir de la prison qu’ils ont construite », écrit Bennett.
Il va plus loin encore en dénonçant ce qu’il décrit comme une hypocrisie sociale :
« Alors que la majorité du public haredi ploie sous le coût de la vie, ces dirigeants qui prélèvent leur “commission” sont des multimillionnaires, partant en croisière sur le Danube, avec des violonistes jouant en leur honneur. »
Service militaire, économie et survie nationale
Pour Bennett, la question dépasse largement le débat sur le service militaire. Il avertit que si la population haredi continue de croître sans accès réel au travail et à l’autonomie économique, l’économie israélienne s’effondrera. De même, sans une participation plus large à l’effort de défense, « il n’y aura plus personne pour protéger le pays face à des ennemis déterminés à nous tuer tous — religieux, laïcs et haredim — simplement parce que nous sommes juifs ».
« Ce serait la fin de l’État d’Israël, tout simplement », tranche-t-il.
Le « projet des serviteurs » et la vision de Bennett
Bennett présente ce qu’il appelle la « loi des serviteurs » comme un tournant historique. Selon lui, cette réforme vise à affaiblir le pouvoir des apparatchiks, tout en renforçant les haredim eux-mêmes. Elle offrirait des incitations concrètes à ceux qui choisissent de travailler, d’étudier des professions ou de servir dans l’armée, et accorderait des avantages substantiels aux soldats haredim qu’il qualifie de « Hachmonéens de notre génération ».
Il décrit une vision inspirée de modèles existants, notamment celui des communautés haredies actives économiquement à Brooklyn :
« Quand ces dirigeants perdront leur emprise, quelque chose de merveilleux se produira. Les immenses talents que vous possédez s’exprimeront à la fois dans l’étude de la Torah et dans la technologie, l’entrepreneuriat, la médecine et l’innovation — tout cela sans renoncer à un mode de vie haredi. »
« Je vous aime et je crois en vous »
En conclusion, Bennett affirme que cette transformation permettrait au public haredi d’acquérir une puissance économique considérable, capable de soutenir encore davantage le monde de l’étude de la Torah. Israël deviendrait, selon lui, un pays plus fort, plus riche et plus stable, assurant la pérennité de la présence juive sur sa terre.
« C’est ma vision. Elle peut sembler lointaine, mais elle est réaliste. C’est la seule voie pour survivre ici. Et elle dépend avant tout de vous — des pionniers courageux parmi vous qui choisiront de participer à la réparation de l’État. Je vous aime et je crois en vous. »






