Il y a des morts qui ne se célèbrent pas facilement. Même quand elles sont nécessaires.
Un père et un fils. Des hommes cultivés, académiciens, porteurs d’une pensée philosophique d’une richesse réelle. L’un d’eux, dit-on, était un génie des mathématiques. Des hommes qui auraient pu être — qui auraient dû être — de l’autre côté de l’humanité. Du côté de ceux qui construisent, qui pensent, qui contribuent.
À un moment, ils ont choisi autrement. Ils ont choisi d’apporter leur légitimité intellectuelle à un régime qui finance le terrorisme au Moyen-Orient. Et selon des « sources étrangères » — qui ne sont pas si étrangères que ça — le fils avait même été envisagé comme successeur possible, avec l’espoir que la guerre lui ouvre une porte vers le pouvoir. Il y avait même des contacts. Des discussions.
Mais l’homme a fait ses choix.
Comme Socrate dans l’Apologie, on peut imaginer qu’il s’est posé la question : comment regarder ses étudiants dans les yeux après des années à leur enseigner l’éthique, si on finit par trahir tout ce en quoi on croit ? Socrate, lui, a choisi la ciguë plutôt que le reniement. Il y a quelque chose d’héroïque dans cette cohérence-là. Je le reconnais.
Et pourtant.
Je dis ça en tant que quelqu’un à qui la philosophie a valu des diplômes universitaires — je ne l’écris pas avec légèreté. Mais il y a l’impératif catégorique de Kant. Et il est sans appel : non, on ne peut pas soutenir un gouvernement qui a financé les actes du 7 octobre. Peu importe la sophistication de ta pensée. Peu importe la profondeur de ta culture. La maxime ne tient pas. Elle s’effondre au premier test universel.
Je suis triste pour cet homme fascinant. Vraiment.
Mais d’une certaine façon, je pense que je vivrai avec cette tristesse sans trop de mal.
Parce qu’au bout du compte — aussi cliché que cela puisse sonner, et c’est pourtant la vérité — c’est soit des gens qui pensent comme lui, soit nous. Il n’y a pas de place dans le monde pour ceux qui veulent me tuer. Même si leur cause leur semble justifiée. Même s’ils sont musulmans, chrétiens ou juifs — ça ne change rien à l’équation. Les Juifs aussi ont un livre d’éthique. Et il y est écrit : Celui qui se lève pour te tuer, lève-toi et tue-le le premier.
Même s’il est quelqu’un que tu respectes. Même si ses mots ont de la substance.
Quiconque connaît une philosophe juive du nom de Hannah Arendt connaît sa formule saisissante, née du procès Eichmann : « La triste vérité est que la plupart des actes mauvais sont commis par des gens qui n’ont jamais décidé consciemment d’être bons ou mauvais. »
Cet homme n’a peut-être pas choisi d’être mauvais.
Mais dans la réalité où vivent mes enfants et moi — ses mots et ses actes constituaient un danger pour nos vies.
Et c’est pourquoi il est dans un cercueil maintenant.
Et moi je suis juste épuisé, après encore une nuit sans sommeil.
سلامات يا عمي…
Ce texte est une chronique personnelle. Il n’engage que son auteur.






