Dans un contexte de tensions persistantes entre Jérusalem et Téhéran, un chercheur iranien met en garde contre une possible escalade militaire. Dans un entretien accordé à la chaîne israélienne N12, le politologue et historien iranien Arash Azizi, enseignant à l’université Yale, estime que « le scénario le plus probable à l’heure actuelle est qu’Israël attaque l’Iran ». Selon lui, l’élément le plus dangereux de la situation actuelle réside moins dans une volonté déclarée de guerre que dans l’absence de communication claire et de signaux politiques explicites entre les parties.
Azizi explique que le risque d’un affrontement direct existe à court comme à moyen terme. « Il est possible que l’escalade soit évitée, mais malheureusement le danger est réel », affirme-t-il. À ses yeux, le problème central est une forme de paralysie au sommet du régime iranien. Les dirigeants de Téhéran, selon lui, peinent à définir une ligne stratégique cohérente face à Israël et à l’Occident, ce qui alimente l’incertitude régionale et accroît le risque de mauvaises interprétations.
Le chercheur souligne que ce flou stratégique pourrait paradoxalement encourager une initiative israélienne. « Le manque de clarté du côté iranien peut donner aux décideurs israéliens le sentiment qu’ils disposent d’une fenêtre d’opportunité », analyse-t-il. En revanche, il juge très peu probable un scénario dans lequel l’Iran lancerait une attaque préventive directe contre Israël. « Une frappe iranienne en premier n’est pas réaliste dans la situation actuelle », estime-t-il, ajoutant que Téhéran privilégie traditionnellement des réponses indirectes ou différées.
Selon Azizi, l’absence de canaux de communication directs constitue un facteur aggravant majeur. L’Iran et Israël n’entretiennent aucun contact officiel, et même les échanges entre Téhéran et Washington restent limités et souvent indirects. Bien que des discussions discrètes puissent avoir lieu par l’intermédiaire de médiateurs, elles ne suffisent pas à réduire le niveau de méfiance. Dans ce contexte, chaque mouvement militaire ou déclaration politique est interprété de manière maximaliste par l’autre camp.
Le dossier nucléaire iranien demeure au cœur des préoccupations israéliennes. Azizi rappelle que, malgré les pressions internationales, l’Iran poursuit son programme d’enrichissement d’uranium et développe parallèlement ses capacités balistiques. « Ces deux éléments ont toujours été des lignes rouges pour Israël », souligne-t-il. Même si le soutien iranien aux groupes armés régionaux serait aujourd’hui moins central qu’auparavant, il continue de jouer un rôle idéologique et stratégique dans la confrontation avec l’État hébreu.
Interrogé sur l’état actuel de l’escalade, le chercheur estime que la situation est pour l’instant « relativement stable », mais extrêmement fragile. « Israël dispose d’un excellent renseignement sur l’Iran, mais le renseignement peut être précis ou trompeur », prévient-il. Cette incertitude permanente crée un terrain propice aux erreurs de calcul, susceptibles de déboucher sur une confrontation non souhaitée.
Azizi précise que, du point de vue iranien, certaines lignes rouges sont clairement définies. Toute atteinte directe aux capacités balistiques du pays ou à ses dirigeants politiques et militaires serait perçue comme une provocation majeure. « La capacité de missiles est considérée par beaucoup d’Iraniens comme le seul moyen de défense crédible du pays », explique-t-il, rappelant le traumatisme des attaques de missiles irakiens durant la guerre Iran-Irak dans les années 1980.
Si Israël devait néanmoins mener une frappe, Azizi envisage une réponse iranienne calibrée. « En cas d’attaque israélienne très limitée, il est possible que l’Iran choisisse une riposte proportionnée », affirme-t-il, évoquant des précédents récents où les réactions ont été contenues afin d’éviter une guerre totale. Toutefois, il met en garde : une escalade incontrôlée pourrait s’avérer dévastatrice pour l’Iran, tant sur le plan humain que militaire.
À l’intérieur même de l’Iran, la perspective d’un nouveau conflit suscite une profonde inquiétude. « La population vit dans la peur d’une guerre », confie Azizi. Selon lui, de nombreux Iraniens estiment qu’un affrontement pourrait éclater dans les semaines ou les mois à venir. Cette angoisse se reflète également dans le monde économique, où investisseurs et entrepreneurs redoutent une instabilité accrue et un effondrement supplémentaire de l’économie déjà fragilisée par les sanctions.
Le rôle des États-Unis reste, selon le chercheur, ambigu. Il décrit une administration américaine traversée par des courants divergents, sans ligne politique parfaitement unifiée. Donald Trump, connu pour son imprévisibilité, pourrait tantôt chercher à freiner les ardeurs israéliennes, tantôt donner son feu vert à une action militaire si l’Iran était perçu comme franchissant une ligne rouge. « Si Trump estime que Téhéran va trop loin, il pourrait encourager une initiative israélienne », avertit Azizi.
En conclusion, le chercheur iranien dresse le portrait d’une région suspendue à des équilibres instables. L’absence de communication, la poursuite des programmes militaires iraniens et la perception israélienne d’une menace existentielle composent un cocktail explosif. Pour Azizi, seule une clarification des positions et une réduction des zones d’ombre pourraient diminuer le risque. À défaut, le scénario d’une attaque israélienne contre l’Iran demeure, selon lui, le plus plausible.






