La polémique enfle en Suède autour du Melodifestivalen, la sélection nationale suédoise pour l’Eurovision. Le chanteur Richard Herrey, membre du groupe Herreys – vainqueur de l’Eurovision Song Contest en 1984 avec Diggi-Loo Diggi-Ley – a vivement critiqué la future animatrice du Melodifestivalen 2026, Gina Dirawi, après la publication d’un message politique accusant Israël et relayant un narratif pro-palestinien.
Dans un contexte déjà extrêmement sensible, Dirawi, Suédoise d’origine palestinienne, a diffusé sur les réseaux sociaux un texte dans lequel elle affirme « refuser de laisser le peuple palestinien devenir invisible », liant directement sa nomination à une démarche politique assumée. Cette prise de position a immédiatement suscité une vague de critiques, tant sur le fond que sur l’utilisation d’une plateforme de divertissement à des fins idéologiques.
Richard Herrey n’a pas mâché ses mots. Selon lui, une telle attitude est incompatible avec le rôle d’animatrice sur une chaîne publique comme SVT. Il rappelle que la télévision suédoise revendique une ligne de neutralité stricte afin d’éviter toute politisation des programmes de divertissement. « Ici, c’est l’animatrice elle-même qui affirme que sa présence porte un message politique symbolique. Cela n’a tout simplement pas sa place », a-t-il déclaré, dénonçant une rupture manifeste avec les principes affichés par la chaîne.
L’ancien vainqueur de l’Eurovision est allé plus loin en mettant directement en cause la direction de SVT. Pour lui, le concours doit rester un espace d’unité, de musique et de spectacle, détaché des combats politiques individuels. « Si SVT affirme avoir des principes, elle doit les appliquer. Or, aujourd’hui, on a l’impression qu’ils font exactement l’inverse », a-t-il ajouté, exprimant une profonde déception face à la nomination de Dirawi dans une année marquée par de fortes tensions internationales.
Herrey a également souligné le caractère explosif du choix de l’animatrice, rappelant que Gina Dirawi avait déjà été critiquée par le passé pour des déclarations perçues comme antisémites. « Nous traversons une période socialement très sensible. Malgré cela, SVT choisit une personne qui se définit désormais publiquement comme porteuse d’un message politique fort. C’est irresponsable », a-t-il estimé.
De son côté, Gina Dirawi assume pleinement sa démarche. Dans son message, elle affirme ne pas avoir accepté d’animer l’Eurovision, mais uniquement le Melodifestivalen. Elle reconnaît les critiques, tout en expliquant que sa présence ne constitue pas, selon elle, une légitimation de l’Eurovision, mais un combat pour la visibilité et la représentation des Palestiniens en Suède. Elle va jusqu’à affirmer qu’un « peuple entier est effacé de manière systématique », tant sur le plan historique que culturel – une affirmation vivement contestée par de nombreux observateurs.
Ces accusations ont été largement réfutées par des données démographiques officielles. Les chiffres montrent que la population palestinienne est passée d’environ 1,3 million de personnes en 1948 à plus de 15 millions aujourd’hui, soit une multiplication par dix, un taux de croissance bien supérieur à celui de la population juive mondiale sur la même période. Ces éléments mettent sérieusement en doute l’usage de termes comme « effacement systématique ».
Autre point controversé : Dirawi affirme que l’Eurovision aurait longtemps interdit les drapeaux palestiniens et serait aujourd’hui boycotté à travers l’Europe. Or, les règlements du concours ont historiquement interdit tous les drapeaux de pays non participants, sans distinction politique, et cette règle n’était pas spécifique aux Palestiniens. Fait notable, la politique a récemment été assouplie, permettant l’apparition de drapeaux non officiels, à la suite de pressions de militants pro-palestiniens désireux d’utiliser la scène de l’Eurovision pour protester contre Israël.
Malgré la tempête médiatique, le calendrier du Melodifestivalen 2026 est maintenu, avec cinq demi-finales prévues entre fin janvier et fin février, avant une grande finale début mars. Reste à savoir si la controverse actuelle laissera des traces durables sur l’image d’un événement historiquement conçu comme un symbole de neutralité culturelle.
Ce débat relance, une fois de plus, la question centrale qui traverse l’Eurovision depuis plusieurs années : jusqu’où la musique et le divertissement peuvent-ils – ou doivent-ils – rester à l’écart des combats politiques contemporains, alors même que certains artistes et animateurs revendiquent l’utilisation de cette vitrine mondiale comme tribune idéologique.







