Il y a des paroles qui blessent. D’autres qui choquent. Et puis il y a celles qui franchissent une ligne rouge morale, historique et nationale. Les propos tenus en commission par le rabbin Yitzhak Goldknopf relèvent de cette dernière catégorie.
Voici une tribune d’opinion en français, directement inspirée de la publication de Yair Lapid, dans la continuité de « Rabbin Goldknopf, comment osez-vous ? », prête à être publiée telle quelle.
הרב גולדקנופף, איך אתה מעז?
אבא שלי לבש טלאי צהוב בגטו בודפשט רק בגלל שלא היה צבא יהודי שיגן על חייו. סבא שלי לבש טלאי צהוב שכשרצחו אותו במחנה הריכוז.
מה שאמרת היום בוועדה זה חלום של כל אנטישמי – גם זילות נספי השואה וגם זלזול בצה״ל ולוחמיו. pic.twitter.com/YNGAzeVuIx
— יאיר לפיד – Yair Lapid (@yairlapid) January 4, 2026
Rabbin Goldknopf, comment osez-vous – encore ?
« Rabbin Goldknopf, comment osez-vous ? »
La question posée publiquement par Yair Lapid n’est ni rhétorique ni politicienne. Elle est morale, historique et profondément israélienne.
Mon père portait l’étoile jaune dans le ghetto de Budapest parce qu’il n’existait pas alors d’armée juive pour défendre sa vie.
Mon grand-père portait l’étoile jaune lorsqu’il a été assassiné dans un camp de la mort.
Ces symboles ne sont pas des arguments de débat. Ils sont le témoignage d’une impuissance absolue, imposée par la haine, et scellée par l’absence d’un État juif souverain.
En comparant aujourd’hui le service militaire à cette réalité, Yitzhak Goldknopf réalise exactement ce dont rêvent les antisémites :
– banaliser la Shoah,
– vider de son sens le sacrifice des survivants,
– et délégitimer Tsahal, l’armée qui garantit que plus jamais un Juif ne sera conduit à l’abattoir sans défense.
L’étoile jaune n’était pas un choix.
L’uniforme de Tsahal en est un — un choix de responsabilité, de courage et de continuité historique.
Assimiler l’un à l’autre n’est pas une provocation naïve. C’est une falsification morale de l’histoire juive.
Tsahal n’est pas un instrument idéologique.
Tsahal est la réponse directe à Auschwitz.
Tsahal est la négation même du ghetto.
Tsahal est la promesse faite aux morts que leurs enfants ne seront plus jamais sans protection.
Des soldats religieux, laïcs, issus de toutes les communautés d’Israël, tombent aujourd’hui pour que les Juifs n’aient plus jamais à porter de marque de honte, mais puissent vivre libres sur leur terre.
Utiliser la Shoah pour discréditer ce combat est une profanation de la mémoire.
C’est une blessure infligée aux survivants.
C’est un crachat symbolique sur les tombes de ceux qui n’ont pas eu le privilège de se défendre.
Il existe des désaccords légitimes dans une démocratie.
Mais il existe aussi des lignes rouges.
La Shoah n’est pas un outil politique.
Tsahal n’est pas une métaphore.
Et l’histoire juive n’appartient à aucun parti.
Rabbin Goldknopf, comment osez-vous ?
Parce que certains oublient que l’État d’Israël n’est pas une option idéologique —
il est une nécessité existentielle.
Comparer, relativiser ou instrumentaliser la Shoah dans un débat politique contemporain n’est pas seulement une erreur morale : c’est une faute historique grave. Les paroles prononcées aujourd’hui donnent corps à ce que tout antisémite rêve d’entendre : la banalisation de la Shoah d’un côté, et le mépris affiché envers Tsahal et ses combattants de l’autre.
Il faut le dire clairement : sans Tsahal, il n’y aurait pas d’État d’Israël. Sans Tsahal, il n’y aurait aucune garantie que les Juifs ne soient plus jamais livrés à la merci de leurs bourreaux. L’uniforme que portent aujourd’hui des jeunes Israéliens – religieux, laïcs, issus de toutes les communautés – est l’exact opposé de l’étoile jaune. L’étoile jaune symbolisait l’impuissance imposée, l’humiliation et la mort annoncée. L’uniforme de Tsahal symbolise la souveraineté retrouvée, la capacité à se défendre, et la promesse du « plus jamais ça ».
En tenant de tels propos, on ne blesse pas seulement la mémoire des six millions. On insulte aussi les soldats tombés, ceux qui combattent aujourd’hui encore pour que les Juifs n’aient plus jamais à porter de signe de honte, mais puissent porter leur identité la tête haute, en sécurité, sur leur propre terre.
La Shoah n’est pas un outil rhétorique. Elle n’appartient ni à un parti, ni à un courant religieux, ni à une stratégie politique. Elle est le socle tragique sur lequel s’est imposée une vérité fondamentale : le peuple juif ne survivra que s’il peut se défendre lui-même.
À ceux qui, volontairement ou non, alimentent un discours qui affaiblit cette vérité, il faut répondre avec fermeté. Non par haine, mais par responsabilité historique. Par respect pour ceux qui ont été assassinés sans défense. Et par loyauté envers ceux qui, aujourd’hui, portent l’arme qui garantit que l’histoire ne se répétera pas.
Il y a des débats légitimes dans une démocratie. Mais il y a aussi des lignes qu’on ne franchit pas. Celle-ci en fait partie.






