De nouveaux éléments révélés ces derniers jours autour de l’incendie meurtrier survenu dans le bar de ski « La Constellation » à Crans-Montana lèvent le voile sur le passé criminel lourdement chargé de l’un des propriétaires de l’établissement. Jacques Moretti, 49 ans, gérant du bar détruit lors des célébrations du Nouvel An, où 40 personnes ont trouvé la mort et plus d’une centaine ont été blessées, a déjà été condamné par le passé pour proxénétisme aggravé.
Selon la presse française et suisse, Moretti avait été reconnu coupable en 2008 par un tribunal correctionnel d’Annecy, dans le sud de la France, dans une affaire de proxénétisme baptisée à l’époque « Le Lapin chaud ». L’enquête avait mis en évidence un système organisé de recrutement de jeunes femmes françaises destinées à travailler comme prostituées dans un établissement genevois présenté comme un « salon de massage érotique ».
Le lieu en question, situé rue du Lièvre à Genève — un détail qui a inspiré le nom du réseau — fonctionnait légalement selon le droit suisse, la prostitution n’y étant pas interdite. Toutefois, les actes de recrutement effectués sur le territoire français, eux, constituaient une infraction pénale. Malgré ses dénégations, Jacques Moretti a été condamné à 12 mois de prison, dont 8 avec sursis, pour incitation à la prostitution. Il a effectivement purgé quatre mois de détention, pour des faits remontant à 2005.
À l’époque, Moretti avait affirmé n’avoir été que gestionnaire temporaire de l’établissement, pendant trois mois seulement, sous l’autorité d’un proxénète suisse. Sa défense soulignait les différences fondamentales entre les législations française et suisse en matière de prostitution. Son avocate, Annick Hingrez, l’avait décrit comme un homme « courtois et agréable », soutenant que les femmes concernées exerçaient leur activité « de manière volontaire ».
Mais selon plusieurs médias français, ce dossier n’était pas le seul à figurer dans les archives judiciaires de Moretti. Des sources judiciaires citées par la radio RTL évoquent d’anciens soupçons et procédures liées à des affaires de fraude, enlèvement et séquestration, ainsi que d’autres faits de proxénétisme. Lors d’une descente de police en 2008 dans le salon genevois, menée à la suite d’informations transmises par les autorités françaises, Moretti avait été interpellé avec deux autres individus après plusieurs semaines de surveillance.
Aujourd’hui, ce passé refait surface alors que Jacques Moretti et son épouse Jessica Moretti, 40 ans, se retrouvent au cœur d’une enquête pénale majeure en Suisse. Les deux sont soupçonnés de homicide involontaire par négligence, de blessures graves et même de mise en danger délibérée, après l’incendie qui a ravagé leur établissement lors de la nuit du réveillon.
Selon les premières conclusions des autorités helvétiques, l’incendie aurait été déclenché par des feux d’artifice insérés dans des bouteilles de champagne, brandies à l’intérieur du bar. Les étincelles auraient atteint le plafond, provoquant l’embrasement immédiat de matériaux d’isolation hautement inflammables et la diffusion de fumées toxiques mortelles en quelques secondes.
Jessica Moretti se trouvait à l’intérieur du bar au moment du drame et a été blessée au bras. Le couple a été interrogé par le parquet suisse et coopère actuellement avec les enquêteurs, tout en restant en liberté dans l’attente d’une éventuelle mise en accusation formelle.
La procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, a indiqué que tous les éléments convergent vers une origine accidentelle liée à l’usage de pyrotechnie dans un espace clos. Elle a également souligné de graves manquements aux règles de sécurité. D’après les documents officiels, le bar n’aurait été contrôlé que trois fois en dix ans, alors que la loi impose une inspection annuelle pour les établissements recevant du public. Plus grave encore : aucune vérification de sécurité complète n’aurait été réalisée depuis six ans.
Le maire de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a reconnu publiquement que les contrôles municipaux n’avaient pas été effectués depuis 2019. Il a exprimé de profonds regrets et admis la responsabilité de la commune dans ce manquement, tout en excluant toute démission.
L’incendie s’est déclaré aux alentours de 1h30 du matin, dans la nuit du Nouvel An. Parmi les victimes figurent des ressortissants suisses, français, italiens et d’autres nationalités, dont certaines personnes disposant d’une double citoyenneté. L’identification des corps a été particulièrement difficile en raison de la gravité des brûlures, obligeant plusieurs familles à fournir des échantillons ADN. Les autorités ont confirmé cette semaine que les 40 victimes ont désormais été formellement identifiées, parmi lesquelles se trouvaient également des mineurs.
Alors que l’enquête se poursuit, l’affaire soulève une onde de choc en Suisse : non seulement par l’ampleur de la tragédie, mais aussi par la révélation du passé criminel du principal responsable présumé, mettant en lumière une accumulation de négligences, de zones grises juridiques et de responsabilités partagées, dont les conséquences humaines sont aujourd’hui irréversibles.








