L’ampleur et la radicalisation des manifestations en Iran ont conduit plusieurs experts à revoir leurs évaluations sur la solidité du régime islamique. Parmi eux, le spécialiste reconnu de l’Iran Raz Zimmt estime désormais que la chute du pouvoir pourrait être plus proche qu’il ne l’envisageait encore récemment. Ce changement d’analyse repose moins sur le nombre de manifestants que sur un indicateur bien plus déterminant : l’érosion de la loyauté au sein même des cercles chargés de défendre le régime.
Les derniers jours ont été marqués par une montée spectaculaire de la violence. Des postes de police ont été incendiés, des véhicules des forces de sécurité détruits et des symboles du pouvoir pris pour cible dans plusieurs grandes villes iraniennes. Contrairement aux vagues de protestation précédentes, ces événements témoignent d’un affaiblissement du tabou de la confrontation directe avec l’appareil d’État. Pour Zimmt, ce basculement psychologique est un signal d’alerte majeur.
L’analyste établit un parallèle historique avec l’effondrement de régimes autoritaires en apparence solides. Selon lui, l’histoire montre que les régimes ne tombent pas uniquement sous la pression populaire, mais lorsque leurs forces de sécurité commencent à douter du coût réel de l’obéissance. Lorsque le prix de la répression devient plus élevé que celui de la retenue, un point de rupture peut être atteint très rapidement.
Un autre élément central réside dans les informations faisant état de l’importation de milices étrangères, notamment depuis l’Irak et le Liban, afin de renforcer la répression. Ce recours à des forces extérieures suggère une méfiance croissante du pouvoir envers ses propres troupes, dont certaines auraient des proches impliqués dans les manifestations. Cette fracture interne constitue, selon Zimmt, l’un des signes les plus inquiétants pour la survie du régime.
L’isolement numérique imposé par les autorités, avec des coupures massives d’Internet et des télécommunications, n’a pas eu l’effet escompté. S’il a temporairement freiné la coordination des protestataires, il a aussi renforcé la perception d’un régime assiégé et déconnecté de sa population. Dans un pays jeune, urbain et largement connecté, cette stratégie accentue le fossé entre gouvernants et gouvernés.
Zimmt reste toutefois prudent. Il souligne que même affaibli, le régime iranien conserve d’importants moyens de coercition et une capacité de nuisance régionale. La chute n’est pas inéluctable, mais la dynamique actuelle montre que l’équilibre de la peur, fondement de la stabilité du pouvoir depuis des décennies, est en train de se fissurer.






