Selon le Dr Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran et de l’axe chiite à l’INSS (Institut de recherche sur la sécurité nationale), les troubles actuels en Iran ne signalent pas, à ce stade, l’effondrement imminent du régime des ayatollahs. Intervenant sur les ondes de 103FM, il a livré une analyse prudente mais structurée de la situation intérieure iranienne, rappelant que l’histoire du pays montre une forte résilience autoritaire.
D’après lui, l’ampleur des manifestations observées reste limitée. « Nous parlons de quelques milliers de manifestants. Le régime n’a même pas encore mobilisé l’ensemble de ses capacités de répression », explique-t-il. Pour l’heure, il s’agit d’un nouveau cycle de protestations, comparable à d’autres vagues de colère sociale observées ces dernières années, sans basculement stratégique.
Interrogé sur la possibilité pour Israël ou les États-Unis de favoriser un changement de régime, le Dr Zimmt se montre catégorique : même une action extrême ne suffirait pas. « On ne peut pas renverser le régime iranien, même si l’on éliminait demain matin Ali Khamenei. Un véritable changement ne peut venir que lorsque des millions d’Iraniens modifieront eux-mêmes le rapport de force avec ce régime répressif », affirme-t-il. Les puissances étrangères peuvent soutenir moralement ou politiquement l’opposition, mais la dynamique décisive reste intérieure.
L’expert souligne également une spécificité clé du système iranien : l’existence de deux appareils militaires parallèles. L’armée régulière, déployée principalement aux frontières, n’est pas impliquée dans la répression interne. Celle-ci repose sur trois piliers : les Gardiens de la révolution, la milice Bassidj et les forces de sécurité intérieure, dont la police. « Le véritable tournant interviendrait si l’on observait un manque de volonté ou de détermination de ces forces à réprimer les manifestations », précise-t-il. Tant que cette cohésion demeure, le régime conserve un avantage décisif.
Sur le plan politique, le Dr Zimmt note une différence de ton entre les institutions. Le président iranien actuel adopte une posture plus pragmatique à l’égard de la population et pourrait chercher à atténuer certaines mesures économiques impopulaires, comme des hausses d’impôts. Toutefois, ces gestes restent largement symboliques. « Les problèmes économiques de l’Iran relèvent de facteurs structurels : sanctions internationales, mauvaise gestion et corruption. Les solutions profondes ne dépendent pas du président, mais du guide suprême – et celui-ci n’a montré aucun signe de changement », souligne-t-il.
Enfin, concernant la poursuite du soutien iranien aux organisations armées régionales, malgré une crise économique aiguë, le spécialiste rappelle la hiérarchie idéologique du pouvoir. « Du point de vue de Khamenei, financer des alliés comme le Hezbollah fait partie de la défense même du régime. Ce sont, à ses yeux, les priorités vitales », conclut-il.






