Un nouveau développement significatif vient compliquer le dossier déjà fragile des négociations sur le nucléaire iranien. Selon un rapport publié par Turkey Today, l’Iran a demandé, quelques jours seulement avant la tenue prévue des discussions, de modifier à la fois le lieu et le format des pourparlers. Initialement programmées à Istanbul, les négociations devraient, à la demande de Téhéran, être déplacées à Oman et se tenir exclusivement dans un cadre bilatéral, sans la participation de pays arabes.
Cette requête marque un net recul par rapport aux accords préalablement établis. Plusieurs États arabes clés, dont Arabie saoudite, Égypte, Qatar et Émirats arabes unis, avaient déjà été officiellement invités à participer à la réunion d’Istanbul. Leur présence visait à donner une dimension régionale au dialogue et à renforcer la crédibilité d’un éventuel processus diplomatique.
La demande iranienne de revenir à un format strictement bilatéral est interprétée par plusieurs observateurs comme une tentative de reprendre le contrôle politique et narratif des discussions. En excluant les pays arabes, Téhéran cherche à réduire les pressions régionales et à éviter un front diplomatique élargi susceptible de durcir les conditions imposées lors des négociations. Ce choix intervient alors que les relations entre l’Iran et plusieurs puissances arabes restent marquées par une profonde méfiance, malgré des tentatives ponctuelles d’apaisement.
Le choix d’Oman comme nouveau lieu n’est pas anodin. Le sultanat est depuis longtemps reconnu pour son rôle de médiateur discret entre l’Iran et les puissances occidentales. Mascate a déjà servi d’hôte à des négociations sensibles par le passé, notamment dans les phases préliminaires de l’accord nucléaire de 2015. En demandant le transfert des discussions vers Oman, l’Iran semble privilégier un environnement perçu comme plus neutre et moins exposé aux rivalités régionales directes.
Sur le plan diplomatique, cette volte-face risque toutefois de fragiliser davantage un processus déjà instable. Les pays arabes invités à Istanbul voyaient dans leur participation une reconnaissance de leur rôle central dans la sécurité régionale, notamment face aux implications du programme nucléaire iranien. Leur exclusion pourrait être interprétée comme un signal négatif, voire comme une volonté de Téhéran de contourner leurs préoccupations sécuritaires.
Pour les États concernés, cette évolution soulève de nombreuses questions. L’absence de partenaires arabes autour de la table limite la portée régionale des discussions et pourrait compliquer toute mise en œuvre future d’un accord. Un compromis négocié sans l’adhésion, ou au moins l’implication, des principaux acteurs régionaux risque de se heurter rapidement à des obstacles politiques et stratégiques.
Ce changement de cap intervient également dans un contexte de tensions accrues autour du dossier nucléaire iranien. Les désaccords persistent sur l’enrichissement de l’uranium, les mécanismes de contrôle et les garanties de non-prolifération. À cela s’ajoutent les préoccupations liées aux activités régionales de l’Iran et à son soutien à divers acteurs armés au Moyen-Orient, des sujets que les pays arabes souhaitaient précisément aborder dans un cadre multilatéral.
À ce stade, aucune réaction officielle n’a encore été publiée par les États arabes initialement invités, ni par les autres parties impliquées dans le processus diplomatique. Le report ou la modification des négociations reste donc suspendu à l’acceptation, ou non, des nouvelles conditions posées par Téhéran. Cette incertitude renforce le sentiment d’un dialogue fragile, constamment menacé par des ajustements tactiques de dernière minute.
En définitive, la demande iranienne de déplacer les négociations et d’en modifier le format souligne une réalité persistante : le dossier nucléaire reste un terrain de manœuvres diplomatiques où chaque détail — lieu, participants, calendrier — devient un instrument stratégique. Dans un environnement régional sous haute tension, ce recul apparent de l’Iran pourrait retarder encore davantage la perspective d’un accord durable et crédible.






