La spirale de violence criminelle à Ashkelon ne montre aucun signe d’apaisement. Dans la nuit de mercredi à jeudi, une grenade à fragmentation a été lancée en direction d’une maison située dans l’un des quartiers anciens de la ville. Aucun blessé n’est à déplorer, mais l’explosion a provoqué des dégâts matériels importants, notamment à deux véhicules stationnés à proximité. À l’heure actuelle, aucun suspect n’a été interpellé.
Il s’agit du troisième engin explosif lancé en l’espace d’une semaine dans la ville. Les deux précédents incidents avaient visé des habitations privées dans le quartier huppé de Barnea. Parallèlement, plusieurs véhicules ont été incendiés ces derniers jours, dont une voiture appartenant, selon les soupçons de la police, à un réseau lié à un ancien chef du crime organisé, éliminé il y a plusieurs années à Ashkelon. Cette succession d’événements alimente un sentiment croissant d’insécurité parmi les habitants.
Selon les évaluations de la police israélienne, la vague actuelle de violences serait liée à un conflit entre organisations criminelles, notamment autour du contrôle territorial et de l’extorsion financière. Les enquêteurs estiment que des figures majeures du milieu tentent de recouvrer des dettes auprès de commerçants et d’hommes d’affaires, parfois par l’intermédiaire de rivaux, dans une logique de démonstration de force brutale.
Un entrepreneur local témoigne d’un climat devenu étouffant : « Presque chaque jour, une grenade est jetée vers une maison dans la ville. Les habitants vivent dans la peur. On pensait qu’après la guerre la situation se calmerait, mais c’est l’inverse qui se produit. » Selon lui, « des criminels ont littéralement pris le contrôle d’Ashkelon. Ceux qui refusent de payer sont menacés, leurs biens sont ciblés. Ils tentent aussi de s’emparer de marchés publics et de contrats. C’est le chaos ».
La peur est palpable dans les rues. « Les gens sont en panique », confie un autre résident. « Chacun craint que la prochaine grenade n’atterrisse dans sa cour ou ne touche sa famille. » Ces propos reflètent un sentiment partagé par de nombreux habitants, qui estiment que la frontière entre règlements de comptes ciblés et mise en danger aveugle de la population civile est désormais franchie.
Dans ce contexte tendu, l’arrestation récente de Shalom Domrani, présenté comme le chef d’une organisation criminelle majeure, a attiré l’attention. Il a été interpellé hier dans le cadre d’une enquête portant sur le lancement d’une grenade dans la cour d’une villa du quartier Barnea. Là encore, aucun blessé n’a été signalé. Domrani a nié toute implication et a été libéré par le tribunal. La police a toutefois demandé un sursis à sa libération en vue de déposer un recours devant le tribunal de district de Beersheba, où une audience doit se tenir dans la journée. Le placement en détention d’un autre suspect dans cette affaire a, quant à lui, été prolongé de quatre jours.
Face à l’escalade, la police affirme avoir renforcé les patrouilles et la présence visible des forces de l’ordre dans toute la ville, dans l’objectif de prévenir de nouveaux incidents et de rassurer la population. Des unités spécialisées dans la lutte contre le crime organisé ont également été mobilisées, tandis que l’enquête se poursuit pour identifier les responsables et démanteler les réseaux impliqués.
Pour de nombreux observateurs, la situation à Ashkelon illustre un phénomène plus large : la résurgence du crime organisé dans certaines villes du sud, profitant parfois de périodes de tension sécuritaire nationale pour renforcer son emprise locale. L’utilisation répétée de grenades, armes de guerre par définition, marque un seuil particulièrement inquiétant, tant par la violence du message que par le risque de victimes collatérales.
Alors que les habitants réclament des réponses fermes et durables, la question centrale demeure : l’État parviendra-t-il à reprendre le contrôle avant qu’un civil ne paie le prix ultime de cette guerre de gangs ? Pour l’instant, à Ashkelon, la peur s’installe, nuit après nuit.






