Une vidéo devenue virale en quelques heures a déclenché une vague de réactions violentes et ouvertement hostiles à Israël sur les réseaux sociaux internationaux. Tournée en Thaïlande et largement relayée sur TikTok, Instagram et X, elle met en scène deux jeunes touristes occidentales affirmant avoir été confrontées à un groupe de voyageurs israéliens, qu’elles accusent de propos haineux et d’attitudes agressives. Le contenu, monté de manière émotionnelle et accusatoire, a rapidement dépassé le cadre d’un simple témoignage pour devenir un vecteur de discours anti-israélien généralisé.
Dans la séquence, les deux femmes racontent avoir rencontré, selon leurs dires, un groupe de huit Israéliens, qu’elles identifient comme d’anciens soldats fraîchement démobilisés. Elles expliquent les avoir reconnus à leur accent et à leur comportement envers les habitants locaux. Le récit bascule lorsqu’elles affirment avoir répondu, « pour les provoquer », qu’elles venaient de Palestine après avoir été interrogées sur leur origine. Selon leur version, cet échange aurait déclenché une altercation verbale durant laquelle certains membres du groupe auraient lancé des slogans tels que « La Palestine n’existe pas » et, plus grave encore, une menace explicite : « Nous tuerons tous les Palestiniens ».
Aucune preuve sonore ou visuelle ne permet toutefois de vérifier ces accusations. La vidéo ne montre pas les personnes incriminées, ne comporte aucun enregistrement des propos allégués et repose exclusivement sur le récit des deux protagonistes. Malgré cela, le clip a été repris par de nombreux comptes militants, présenté comme un fait établi, et utilisé pour dénoncer l’ensemble des voyageurs israéliens à l’étranger.
Au-delà de l’épisode décrit, la vidéo développe un discours beaucoup plus large. Les jeunes femmes y affirment que les Israéliens voyageant en Asie du Sud-Est seraient « financés par leur gouvernement » afin de « diffuser de la propagande », une accusation dénuée de tout fondement factuel. Elles décrivent ces voyageurs comme une « force coloniale » incapable de respecter les cultures locales, et soutiennent qu’il s’agirait d’un phénomène récurrent observé dans plusieurs pays de la région.
Ce glissement narratif est précisément ce qui a provoqué l’embrasement des réseaux. Sous la vidéo, des milliers de commentaires ont rapidement appelé à des mesures collectives : interdiction d’entrée pour les détenteurs de passeports israéliens, boycott systématique des touristes venus d’Israël, voire justifications explicites de violences verbales à leur encontre. Plusieurs messages assimilent l’ensemble des citoyens israéliens à des criminels de guerre, sans distinction d’âge, d’opinion ou de parcours personnel.
Des analystes des dynamiques numériques soulignent que ce type de contenu correspond parfaitement aux mécanismes de viralité actuels : un récit émotionnel fort, une accusation grave, l’absence de vérification et un contexte géopolitique déjà extrêmement polarisé. La Thaïlande, destination emblématique du « voyage post-service militaire » pour de nombreux jeunes Israéliens, devient ainsi un décor idéal pour projeter des narratifs globaux, bien au-delà de la réalité locale.
Sur le terrain, les autorités thaïlandaises n’ont fait état d’aucun incident officiel impliquant des touristes israéliens dans les zones mentionnées. Le pays, qui accueille chaque année des millions de voyageurs internationaux, reste l’un des États asiatiques les plus tolérants et pragmatiques en matière de tourisme, et n’a exprimé aucune intention de cibler une nationalité en particulier. Des professionnels du secteur rappellent que les comportements irrespectueux existent dans toutes les communautés de voyageurs, et que les généralisations sont non seulement injustes mais contre-productives.
Cette affaire illustre un phénomène plus large : la transformation de récits individuels non vérifiés en outils de stigmatisation collective. Dans un contexte où Israël est déjà au cœur de campagnes numériques hostiles, chaque vidéo de ce type devient un accélérateur de haine, alimentant des perceptions négatives durables. Le fait que l’une des protagonistes reconnaisse elle-même que ses propos « peuvent sembler racistes », tout en les assumant, n’a fait qu’amplifier le débat.
Pour de nombreux observateurs, le danger ne réside pas uniquement dans la véracité ou non des faits rapportés, mais dans leur exploitation. En quelques heures, une interaction présumée entre individus s’est muée en accusation globale contre un peuple entier, illustrant la fragilité de la réputation internationale d’Israël à l’ère des réseaux sociaux et la puissance des narratifs simplifiés dans l’opinion publique mondiale.






