C’est le paradoxe de toute guerre qui commence à se chercher une sortie : d’un côté, des missiles qui continuent de pleuvoir ; de l’autre, des messagers discrets qui tâtent le terrain. Selon un rapport de CNN diffusé ce jeudi, des responsables du renseignement iranien auraient transmis un message aux États-Unis indiquant que Téhéran serait prête à ouvrir des discussions sur un cessez-le-feu. Mais Washington, loin de saisir la main tendue, annonce au contraire une intensification des opérations militaires.
Le message iranien aurait été acheminé via une tierce nation — non identifiée — directement à la CIA. Sa teneur : l’Iran se dit disposé à engager des pourparlers pour mettre fin au conflit. Pourtant, les sources américaines citées par CNN sont formelles : il n’existe à ce stade aucun canal de négociation actif, aucune discussion sérieuse en cours sur les modalités d’un arrêt des combats.
Bien au contraire. Des sources à Washington décrivent une Amérique qui entre dans une phase plus intense de son opération militaire conjointe avec Israël contre l’Iran, dont l’objectif déclaré est de démanteler le programme de missiles de Téhéran et d’empêcher définitivement la République islamique d’accéder à l’arme nucléaire. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth l’avait formulé sans ambiguïté mercredi lors d’un briefing : les États-Unis n’en sont qu’au début. Des membres du Congrès ayant reçu des informations classifiées sur la situation ont d’ailleurs confirmé qu’aucune stratégie de sortie claire ne leur avait été présentée, y compris sur la question d’une éventuelle reprise des efforts diplomatiques.
Le contexte diplomatique qui précède est révélateur. Les pourparlers sur le dossier nucléaire iranien avaient capoté quelques jours seulement avant le début de la guerre. Depuis lors, aucun contact direct ou indirect n’a eu lieu entre Washington et Téhéran. Pourtant, pas moins d’une douzaine de pays se sont manifestés pour proposer leur médiation depuis le début des combats. Selon un haut responsable de l’administration Trump, aucun de ces efforts n’a abouti à l’établissement d’un canal de communication significatif entre les deux capitales.
L’émissaire américain Steve Witkoff, qui avait conduit trois cycles de négociations avec l’Iran avant l’éclatement du conflit, n’a eu aucun contact avec le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi depuis le début des hostilités. Il n’a pas non plus échangé avec le responsable iranien des affaires de sécurité nationale Ali Larijani. La posture américaine est résumée avec une franchise brutale par un responsable de l’administration : « C’est une opération militaire, et elle doit aller jusqu’à son terme. »
Du côté iranien, les signaux contradictoires brouillent encore davantage la lecture de la situation. Le vice-ministre des Affaires étrangères Majid Takht-Ravanchi a catégoriquement nié lors d’une interview sur MSNBC que Téhéran ait envoyé le moindre message à Washington. Selon lui, l’Iran est en mode purement défensif : « Nous nous concentrons sur notre propre défense, aucun message n’a été envoyé aux Américains. »
Cette contradiction entre les sources américaines et les déclarations iraniennes officielles n’est pas surprenante dans le contexte d’un conflit en cours. Elle illustre plutôt la fragmentation du pouvoir à Téhéran depuis la mort du Guide suprême Ali Khamenei la semaine dernière. Qui, dans ce vide de commandement, est habilité à envoyer un message ? Qui peut signer un accord ?
Donald Trump lui-même a résumé ce flou avec son sens habituel de la formule : les dirigeants iraniens qu’on envisageait comme interlocuteurs potentiels sont pour la plupart morts. « Les gens auxquels on pensait sont morts », a-t-il déclaré. « Il y a maintenant un autre groupe, et eux aussi sont peut-être morts selon les rapports. Il viendra sans doute un troisième groupe. »
La question de l’après-Khamenei est centrale. Tout accord éventuel devrait satisfaire les conditions posées publiquement par Trump : démantèlement complet du programme nucléaire et balistique iranien, et arrêt de tout soutien aux organisations proxy dans la région. Des exigences maximales, face à un interlocuteur dont on ne sait même plus très bien qui peut les accepter — ni surtout les honorer.
Pour l’heure, entre le signal discret de Téhéran et la réponse militaire de Washington, c’est la guerre qui parle le plus fort.






