Le virage saoudien : Mohammed ben Salmane s’éloigne des Accords d’Abraham – et ce n’est pas un hasard

0
26
Soyez le premier informé - Rejoignez notre page Facebook.

Le recentrage stratégique opéré par l’Arabie saoudite au cours des derniers mois ne relève ni de l’hésitation ni de l’improvisation. Il traduit, au contraire, une lecture froide et lucide de la réalité par Mohammed ben Salmane, confronté à une équation existentielle : préserver la stabilité interne d’un royaume en mutation accélérée, tout en maintenant sa marge de manœuvre géopolitique. Dans ce contexte, l’éloignement relatif de Riyad vis-à-vis de la logique des Accords d’Abraham apparaît moins comme un renoncement que comme un calcul de survie.

Sur la scène internationale, l’Arabie saoudite traverse une phase de réhabilitation spectaculaire. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a rétabli une couverture stratégique américaine directe, tandis que l’affaiblissement structurel de l’Iran offre à Riyad un répit inédit. Cette conjoncture favorable permet au prince héritier de déplacer le centre de gravité de sa politique : moins de symboles diplomatiques coûteux, davantage de consolidation interne. La priorité n’est plus l’architecture régionale de normalisation, mais la gestion des fractures domestiques qu’a ouvertes le projet le plus ambitieux de son règne : Vision 2030.

Car le cœur du problème est là. Vision 2030 n’est pas un simple programme économique ; c’est une tentative de refondation civilisationnelle. En cherchant à sortir l’économie de la dépendance au pétrole, MBS s’attaque à un contrat social vieux d’un siècle : prospérité matérielle contre passivité politique. L’« État-rentier » a façonné des habitudes, des attentes et des résistances. Transformer des bénéficiaires de rentes en acteurs productifs requiert du temps, de la confiance et des résultats visibles — trois ressources aujourd’hui sous tension.

Les chiffres sont implacables. L’objectif d’attirer 100 milliards de dollars par an d’investissements directs étrangers reste hors de portée : les flux réels plafonnent très en-deçà de la cible. La plupart des montants annoncés relèvent d’un recyclage de capitaux publics plutôt que de créations industrielles nouvelles. Plus préoccupant encore, la Public Investment Fund — censée financer les mégaprojets — a vu ses liquidités se contracter fortement. À cela s’ajoute un « prix d’équilibre » du pétrole proche de 95 dollars le baril pour boucler le budget, alors que les cours évoluent nettement en dessous. Résultat : déficits structurels, arbitrages douloureux et redimensionnement de projets emblématiques comme NEOM.

Sur le plan sociétal, la réforme heurte trois piliers historiques. D’abord, l’héritage de l’économie pétrolière qui a atrophié l’esprit entrepreneurial. Ensuite, la marginalisation des femmes, longtemps justifiée par des normes sociales, mais désormais reconnue comme un handicap économique majeur — leur intégration bouleverse des équilibres familiaux et identitaires sensibles. Enfin, l’establishment religieux wahhabite, source de légitimité du pouvoir saoudien, que MBS cherche à subordonner à l’État. Chaque front ouvert fragilise un peu plus le consensus traditionnel.

Dans ce contexte, la normalisation ouverte avec Israël devient un multiplicateur de tensions internes. Elle expose le prince héritier à l’accusation de rompre avec des repères religieux et culturels alors même que les bénéfices économiques promis tardent à se matérialiser. S’éloigner, temporairement, de la dynamique des Accords d’Abraham réduit le coût politique interne, sans fermer définitivement la porte. Parallèlement, Riyad explore des partenariats perçus comme plus « naturels » par son opinion — avec la Turquie et le Pakistan — offrant des assurances symboliques et sécuritaires à moindre friction domestique.

Pour Israël, la leçon est stratégique. La tentation de lire l’Arabie saoudite à travers le seul prisme de la normalisation est une erreur d’analyse. La trajectoire de MBS est contrainte par des dynamiques internes puissantes, imprévisibles et parfois contradictoires. Une normalisation future reste possible — et serait un gain majeur — mais elle dépendra d’une stabilisation économique et sociale encore incertaine.

La prudence s’impose donc. Construire des attentes excessives sur la stabilité saoudienne serait risqué. Dans l’intervalle, Israël gagnerait à diversifier ses ancrages régionaux et extra-régionaux, en consolidant notamment ses partenariats avec des pôles perçus comme plus prévisibles, à commencer par l’Inde. Le réalisme commande d’accepter que, pour Riyad aujourd’hui, la survie interne prime sur l’audace diplomatique.

Infos Israel News en direct d’Israël 

Ce qu'on vous cache - CQVC 

Rak Be Israel, le top d’Israël !