Le « Dosa », la drogue qui inonde Israël – et dont personne ne connaît vraiment la composition. Présenté comme un substitut bon marché à la cocaïne, ce produit circule depuis plusieurs années dans les soirées, festivals et cercles privés à travers tout le pays. Mais contrairement à ce que son surnom pourrait laisser croire, il ne s’agit pas d’une substance précise avec une formule chimique définie. Le Dosa est en réalité un mélange instable de plusieurs drogues, souvent combinées sans contrôle, dont les effets peuvent varier d’une prise à l’autre.
Selon le Dr Roy Zucker, spécialiste en médecine interne et fondateur de l’organisation Party Keepers, le phénomène ne touche pas une catégorie sociale spécifique. « Cette drogue est connue dans toutes les couches de la population », explique-t-il. « Elle n’est pas réservée aux jeunes ni aux milieux défavorisés. Son prix a fortement baissé avec les années, ce qui la rend accessible à un public très large. »
La particularité du Dosa réside dans son apparence : une poudre rose à l’odeur sucrée. Cette coloration ne reflète aucune composition standardisée. Elle provient d’additifs artificiels ajoutés pour rendre le produit plus attractif. Derrière cette façade colorée se cache une réalité bien plus inquiétante : le Dosa n’a pas de composition fixe. Il s’agit souvent d’un assemblage de résidus disponibles chez les dealers.
Dans la majorité des cas analysés, on retrouve une combinaison de MDMA et de kétamine. La MDMA est un stimulant empathogène, associé à des sensations d’euphorie, d’énergie accrue et de proximité émotionnelle. La kétamine, en revanche, est un anesthésique dissociatif qui provoque des sensations de détachement du corps et de la réalité. Le mélange de ces deux substances produit des effets contradictoires : excitation et dissociation simultanées.
Certains consommateurs décrivent cette combinaison comme « intense » ou « immersive ». Mais pour d’autres, l’expérience peut virer au cauchemar : confusion sévère, crises d’angoisse, hallucinations, troubles cardiaques ou perte de conscience. Le problème majeur réside dans l’imprévisibilité des dosages. Un même sachet peut contenir des proportions variables, et parfois des substances supplémentaires.
Ces dernières années, des analyses ont révélé la présence de nouveaux composés synthétiques, parfois appelés dans le jargon de rue « Doctor » ou « MMSI », dérivés artificiels de stimulants végétaux comme le khat. Ces molécules, mal étudiées, peuvent entraîner des effets secondaires graves : tachycardie extrême, déshydratation sévère, troubles neurologiques ou collapsus.
Le mélange de stimulants et de dépresseurs constitue un facteur de risque majeur. Les données médicales montrent que plus de 80 % des admissions aux urgences liées à la consommation de drogues impliquent une combinaison de substances. Le Dosa incarne précisément ce danger. En associant des produits aux effets opposés, il augmente la pression sur le système cardiovasculaire et le système nerveux central.
Les médecins mettent également en garde contre la fausse impression de sécurité. Certains consommateurs considèrent le Dosa comme « plus léger » que la cocaïne ou l’ecstasy classique. Cette perception est trompeuse. L’absence de standardisation rend chaque prise potentiellement différente et plus dangereuse.
Les autorités sanitaires rappellent que la seule recommandation sûre est l’abstention. Au-delà de l’illégalité, le risque vital est réel. Les services d’urgence israéliens observent une augmentation des cas liés à des mélanges de drogues, avec des symptômes parfois atypiques qui compliquent la prise en charge médicale.
Le Dosa s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays : l’émergence de drogues de synthèse composites, bon marché, produites à partir de restes ou de nouvelles molécules psychoactives. Ces produits évoluent rapidement, rendant difficile leur traçabilité.
Dans un contexte où les réseaux sociaux contribuent à la diffusion de tendances festives et où la pression sociale joue un rôle non négligeable, la vigilance reste essentielle. Les professionnels de santé soulignent l’importance de l’information, notamment auprès des jeunes adultes, sur les risques spécifiques liés aux mélanges.
Le Dosa, présenté comme une alternative économique, s’impose aujourd’hui comme l’une des substances les plus imprévisibles et dangereuses du paysage festif israélien. Derrière sa couleur rose et son parfum sucré se cache une réalité chimique instable, où chaque dose peut représenter un pari risqué.






