L’un des secrets les mieux gardés du régime iranien a volé en éclats. Selon une enquête du New York Times cosignée par le journaliste israélien Ronen Bergman, Israël aurait réussi à cibler les plus hauts responsables politiques et militaires de la République islamique non pas en traquant directement leurs communications, mais en exploitant une faille dans leur dispositif de sécurité : les téléphones portables de leurs gardes du corps. Ce point faible, longtemps ignoré, aurait permis à Tsahal et aux services de renseignement de suivre les déplacements des dignitaires iraniens, d’identifier des réunions ultra-secrètes et de porter des frappes chirurgicales contre le cœur du pouvoir à Téhéran.
Au lendemain du déclenchement de la guerre de « douze jours », Israël a frappé des dizaines de cibles militaires, nucléaires et gouvernementales iraniennes. Trois jours seulement après le début des hostilités, la plus haute instance sécuritaire de Téhéran, le Conseil suprême de sécurité nationale, s’est réunie dans un bunker creusé à trente mètres sous terre, à l’ouest de la capitale. Tout avait été conçu pour échapper à l’œil israélien : trajets séparés, absence de téléphones portables, huis clos total. Mais à peine la réunion commencée, des chasseurs-bombardiers israéliens larguaient six projectiles sur les accès du bunker. Les dirigeants sont sortis vivants, mais à l’extérieur les corps de leurs propres gardes gisaient au sol, trahis par leurs appareils mobiles.
Pour le renseignement iranien, la découverte a eu l’effet d’un séisme. L’analyse interne a montré que l’ennemi avait obtenu la localisation des lieux par l’intermédiaire des téléphones des gardes du corps et chauffeurs, qui non seulement utilisaient leurs appareils, mais publiaient parfois sur les réseaux sociaux. « Nous savions que les chefs militaires ne portaient pas de téléphones. Mais leurs entourages, eux, ne prenaient aucune précaution », a admis Sassan Karimi, ancien haut fonctionnaire iranien, interrogé par la presse locale.
La révélation a confirmé, côté israélien, une stratégie mûrie de longue date : pousser l’Iran à renforcer son dispositif de sécurité jusqu’à créer de nouvelles vulnérabilités. Un responsable israélien cité par le New York Times résume : « Nous avons forcé leur main. Plus ils déploient de gardes, plus il y a d’appareils à pirater. C’est une faiblesse que nous avons su exploiter. »
L’affaire s’ajoute à une série de coups portés par le Mossad depuis plusieurs années. Déjà en 2018, Israël avait saisi l’« archive nucléaire » iranienne, des milliers de documents attestant de l’avancée clandestine du programme atomique. Depuis, Tel-Aviv a établi des listes de scientifiques à surveiller, voire à éliminer. D’après les sources israéliennes citées par le Times, un « groupe décapitation » a ainsi passé au crible près de 400 noms pour réduire sa cible à une centaine d’individus-clés. Selon les autorités de Téhéran, treize scientifiques auraient déjà été assassinés.
Face à cette pénétration technologique, les responsables iraniens oscillent entre déni et panique. Début août, un nouveau commandant de l’unité Ansar al-Mahdi, chargée de la protection rapprochée des dirigeants, a été nommé en urgence. Ali Khamenei lui-même a exigé l’interdiction stricte des téléphones portables et des messageries chiffrées comme WhatsApp. Mais les consignes sont arrivées trop tard. « L’ennemi dispose de satellites, d’outils d’écoute et d’une puissance d’analyse que nous ne pouvons pas contrer avec nos méthodes actuelles », a reconnu Ahmad Vahidi, chef des Gardiens de la révolution.
La crainte d’infiltrations internes alimente aussi la paranoïa du régime. Ces dernières semaines, plusieurs dizaines de militaires, de fonctionnaires et même un scientifique nucléaire ont été arrêtés ou exécutés, accusés d’espionnage au profit d’Israël. Les aveux forcés et les purges traduisent moins une certitude qu’une angoisse : celle de voir le renseignement israélien omniprésent, capable de transformer un simple téléphone de garde du corps en arme de destruction stratégique.
À Jérusalem, on se garde bien de confirmer officiellement. Mais pour les experts israéliens, la démonstration est éclatante : la suprématie technologique reste la meilleure garantie de sécurité nationale. Dans un Moyen-Orient fracturé où l’Iran tente d’imposer sa puissance régionale, Israël a prouvé qu’il pouvait frapper le régime au cœur même de ses forteresses.
Le message est clair : l’obsession de Téhéran pour son programme nucléaire n’a pas d’avenir face à une puissance de renseignement qui allie patience, créativité et précision. Une fois encore, le régime iranien découvre que dans la guerre de l’ombre, ce ne sont pas les bunkers de béton qui sauvent, mais la capacité à se protéger de l’ennemi invisible.
.