Un nouveau seuil a été franchi dans la banalisation de la haine antijuive en France. Dans la nuit de samedi à dimanche, l’école primaire juive Beit Hanna, établissement du réseau Loubavitch situé dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, a été la cible d’actes de vandalisme graves. Des inconnus ont brisé plusieurs fenêtres, arraché le panneau d’identification du bâtiment et endommagé une caméra de surveillance. L’attaque n’a pas fait de blessés, mais le symbole est lourd : une école juive, fréquentée par de jeunes enfants, a été visée.
Selon le parquet de Paris, les auteurs ne sont pas entrés dans l’établissement, mais les dégâts sont importants. Le panneau arraché a été retrouvé dans un parc voisin, comme un trophée abandonné. Une enquête pour « dégradations aggravées » a été confiée au commissariat du 20ᵉ arrondissement.
Une école, un symbole, une cible
L’école Beit Hanna School n’est pas un bâtiment anodin. Elle incarne à la fois l’éducation juive, la transmission identitaire et la présence visible du judaïsme dans l’espace public français. C’est précisément ce qui en fait une cible privilégiée. Attaquer une école, ce n’est pas seulement dégrader des murs : c’est envoyer un message d’intimidation aux familles, aux enfants, aux enseignants, et plus largement à toute la communauté juive.
Cet acte n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une dynamique inquiétante, confirmée par les chiffres officiels. Selon le French Ministry of the Interior, 1 570 actes antisémites ont été recensés en France en 2024. Sur les huit premiers mois de 2025, 889 incidents ont déjà été enregistrés. Ces chiffres, déjà alarmants, ne disent pas tout : de nombreux faits ne sont pas déclarés, par lassitude ou par peur.
Des promesses politiques… et une réalité brutale
En novembre dernier, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez avait pourtant promis une « tolérance zéro » et un engagement « absolu » en faveur de la sécurité des institutions juives. Les mots sont forts, répétés après chaque attaque. Mais sur le terrain, les actes se multiplient, et les communautés ont le sentiment d’être livrées à elles-mêmes, protégées de manière ponctuelle mais jamais durable.
L’attaque contre Beit Hanna survient dans un climat où l’antisémitisme n’est plus marginal, mais souvent relativisé, dilué dans des discours politiques confus ou dissimulé derrière un antisionisme radical qui déborde régulièrement sur la haine des Juifs en tant que tels.
Une indignation… mais jusqu’à quand ?
En Israël, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le député Yossi Taieb a condamné fermement l’attaque, dénonçant « une antisémitisme brutale visant un établissement éducatif juif » et appelant les autorités françaises à user de « tous les moyens » pour protéger les communautés et sanctionner les auteurs.
Ces condamnations sont nécessaires. Mais elles soulèvent une question de fond : pourquoi faut-il attendre que des écoles soient vandalisées pour réagir ? Pourquoi l’antisémitisme n’est-il pas traité comme une urgence nationale permanente, au même titre que le terrorisme ou les violences extrémistes ?
Une violence qui s’installe dans le quotidien
Ce qui rend cette affaire particulièrement inquiétante, c’est sa banalité. Il ne s’agit pas d’un attentat spectaculaire, mais d’un acte de vandalisme nocturne. Justement : c’est ainsi que la haine s’installe durablement. Par petites touches. Par des fenêtres brisées. Par des symboles arrachés. Par la peur diffuse qui pousse des parents à se demander, chaque matin, si l’école de leurs enfants est vraiment un lieu sûr.
De plus en plus de familles juives en France vivent avec cette angoisse permanente. Certaines renforcent elles-mêmes la sécurité. D’autres envisagent le départ. L’émigration juive depuis la France, notamment vers Israël, n’est pas qu’un phénomène idéologique : elle est aussi une réponse concrète à un sentiment d’abandon.
Le test de la République
L’affaire de Beit Hanna pose une question centrale à la République française : est-elle encore capable de garantir à ses citoyens juifs une vie normale, visible et protégée ? Protéger une synagogue lors des grandes fêtes ne suffit pas. Il faut une politique cohérente, constante, assumée, qui traite l’antisémitisme non comme une conséquence collatérale des tensions internationales, mais comme un poison intérieur.
Tant que les écoles juives devront vivre derrière des grilles, des caméras et des patrouilles temporaires, la promesse d’égalité républicaine restera incomplète.
L’attaque contre Beit Hanna n’est pas un simple fait divers. C’est un signal d’alarme supplémentaire. Et comme souvent en France, la vraie question n’est pas de savoir si l’on condamne, mais si l’on agit réellement — et durablement.






