Une onde de choc sans précédent a traversé le Liban ce week-end après l’annonce officielle du Koweït d’inscrire huit hôpitaux libanais sur sa liste nationale des organisations terroristes. La décision, prise par une commission spéciale chargée d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité koweïtien, repose sur des liens présumés entre ces établissements médicaux et le Hezbollah. Elle s’accompagne d’une interdiction totale de transfert de fonds et de dons vers ces hôpitaux, provoquant une crise à la fois financière, sanitaire et diplomatique.
Selon les autorités koweïtiennes, les établissements concernés sont soupçonnés d’entretenir, à divers degrés, des relations structurelles ou financières avec le Hezbollah, classé organisation terroriste par plusieurs pays du Golfe. Parmi les hôpitaux inscrits sur la liste figurent des institutions bien connues situées dans des bastions chiites, notamment l’hôpital Raëb Harb à Nabatieh, l’hôpital Salah Ghandour à Bint Jbeil, ainsi que l’hôpital Saint-George à Beyrouth. Leur point commun, selon le Koweït, serait une proximité directe ou indirecte avec les réseaux du Hezbollah.
La portée concrète de cette décision est considérable. Le décret koweïtien interdit strictement toute aide financière, don caritatif ou transfert bancaire vers ces institutions. Pour des hôpitaux déjà fragilisés par l’effondrement économique libanais, l’inflation et la pénurie de médicaments, cette mesure équivaut à un véritable étranglement financier. Les fonds provenant des pays du Golfe constituaient, pour certains établissements, une source essentielle de survie.
À Beyrouth, la réaction du ministère libanais de la Santé a été immédiate et marquée par la stupeur. Dans un communiqué officiel, le ministère a exprimé sa « profonde surprise » face à une décision prise sans coordination préalable ni avertissement. Il a rappelé que les hôpitaux visés sont enregistrés légalement au sein de l’Ordre des hôpitaux privés et qu’ils fournissent des soins médicaux à l’ensemble de la population libanaise, sans distinction politique, religieuse ou idéologique.
Le ministère a également souligné que ces établissements ne sont pas des entités militaires mais des structures de soins, accueillant quotidiennement des milliers de patients. Selon les autorités sanitaires libanaises, assimiler des hôpitaux à des organisations terroristes constitue un précédent extrêmement grave, susceptible d’affecter l’ensemble du système de santé du pays, déjà proche de l’effondrement.
Face à l’ampleur de la crise, le ministère de la Santé a annoncé son intention d’agir sur le plan diplomatique. Des contacts urgents doivent être établis avec les autorités du Koweït afin de comprendre les motivations exactes de cette décision et, surtout, de tenter de la faire reconsidérer. L’objectif affiché est de limiter les dégâts et d’éviter une catastrophe humanitaire, dans un pays où les hôpitaux peinent déjà à payer leurs employés et à garantir des services médicaux de base.
Au-delà de l’aspect sanitaire, cette décision révèle une fracture politique profonde entre certains pays du Golfe et le Liban. Elle illustre la volonté croissante de plusieurs États arabes de frapper non seulement les structures militaires du Hezbollah, mais aussi tout l’écosystème civil soupçonné de lui être lié. En ciblant des hôpitaux, le message envoyé est particulièrement dur : aucune institution, même médicale, ne serait à l’abri de sanctions si elle est perçue comme un rouage de l’influence du mouvement chiite.
Pour les responsables libanais, cette approche risque d’aggraver encore la souffrance de la population civile, déjà prise en étau entre une crise économique historique, l’effondrement des services publics et l’instabilité politique. Ils redoutent que d’autres pays du Golfe suivent l’exemple koweïtien, ce qui pourrait entraîner une vague de sanctions similaires et isoler davantage le système de santé libanais.
Sur le plan régional, la décision du Koweït est perçue comme un signal fort dans le bras de fer opposant les monarchies du Golfe à l’axe pro-iranien. Elle marque une nouvelle étape dans la stratégie visant à assécher les ressources financières du Hezbollah, même au prix de conséquences collatérales lourdes pour la société libanaise.
Quoi qu’il en soit, le classement de huit hôpitaux comme organisations terroristes constitue un précédent inédit. Il ouvre une période d’incertitude extrême pour des milliers de patients, de médecins et de personnels soignants, pris malgré eux dans un affrontement politique et géopolitique qui dépasse largement le cadre de la santé.






