Dans la nuit du 18 janvier 2026, un message inhabituel a été publié sur le compte officiel en persan du Département d’État américain. Le texte est court, direct, sans nuance diplomatique. Il cite explicitement le président des États-Unis : « It’s time to look for new leadership in Iran ». Pour la première fois depuis le début de la crise iranienne, Washington ne s’adresse plus seulement au régime de Téhéran, mais directement au peuple iranien, dans sa langue.
Le message reprend une déclaration de Donald Trump, président en exercice des États-Unis, et marque une rupture nette avec les formulations habituelles de la diplomatie américaine. Il ne s’agit plus de condamner des « actions », ni d’appeler à la « retenue », mais de mettre en cause explicitement la légitimité de la direction actuelle de l’Iran.
Cette publication intervient dans un contexte extrêmement tendu. Depuis plusieurs semaines, l’Iran est secoué par des manifestations massives, réprimées violemment. Selon des rapports cités par des médias internationaux comme The Times, au moins 16 500 manifestants auraient été tués et plus de 330 000 blessés. Dans le même temps, les autorités iraniennes continuent de nier toute responsabilité directe, parlant de « troubles fomentés par l’étranger ».
Le choix du persan n’est pas anodin. Le Département d’État dispose de canaux officiels multilingues, mais ils sont rarement utilisés pour diffuser des messages aussi politiques et aussi explicites. En publiant cette déclaration en persan, Washington cherche clairement à contourner le régime et à s’adresser à la population iranienne elle-même, sans intermédiaire.
Cette démarche s’inscrit dans une séquence plus large. Quelques heures auparavant, selon des informations relayées par The Washington Post, des conseillers à la sécurité nationale de Trump estimaient que le président était proche d’ordonner une frappe contre l’Iran. Cette dynamique aurait été temporairement interrompue après des messages envoyés par le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, affirmant que certaines exécutions avaient été annulées — affirmation immédiatement contestée par des responsables iraniens eux-mêmes.
Dans ce climat de confusion, le message du Département d’État apparaît comme un signal politique clair, destiné à maintenir la pression sans passer immédiatement à l’option militaire. Mais il comporte aussi une charge symbolique lourde : reconnaître publiquement que le problème iranien n’est plus seulement une question de comportements, mais de leadership.
Du point de vue iranien, cette déclaration est perçue comme une ingérence directe. Les autorités de Téhéran ont réagi avec virulence à d’autres propos similaires tenus par Trump. Ali Khamenei a récemment accusé les États-Unis d’être responsables des « pertes et destructions » en Iran, affirmant que la nation iranienne avait « vaincu » Washington. Dans ce discours, toute contestation interne est systématiquement attribuée à une manipulation étrangère.
Pourtant, le message américain ne fait aucune référence à une intervention armée, ni à un soutien logistique aux manifestations. Il se limite à une phrase, mais une phrase qui remet en cause le cœur du pouvoir iranien. En cela, il rappelle certaines déclarations de la guerre froide, lorsque les grandes puissances s’adressaient directement aux peuples derrière le rideau de fer.
Le caractère officiel de la publication renforce encore son impact. Il ne s’agit pas d’un message personnel sur un réseau social, mais d’un compte institutionnel du Département d’État, ce qui engage l’administration américaine dans son ensemble. Le fait que la citation soit attribuée explicitement à Trump confirme qu’il s’agit d’une ligne politique assumée, et non d’une initiative isolée.
Ce message intervient également alors que les États-Unis renforcent leur présence militaire au Moyen-Orient et que des sources américaines évoquent la possibilité d’une confrontation si l’Iran venait à attaquer des bases américaines. Dans ce contexte, l’appel à une « nouvelle direction » peut être interprété comme une tentative de pression maximale, combinant discours politique, sanctions, dissuasion militaire et communication directe avec la population.
Reste une question centrale : quel est l’effet réel d’un tel message sur le terrain ? Pour les manifestants iraniens, il peut être perçu comme un soutien moral, une reconnaissance internationale de leur combat. Pour le régime, il constitue une provocation supplémentaire, susceptible de durcir encore la répression. Les précédents historiques montrent que ce type de déclaration peut renforcer la détermination des contestataires, mais aussi offrir au pouvoir en place un prétexte pour dénoncer une « conspiration étrangère ».
Quoi qu’il en soit, la phrase publiée en persan marque un tournant. Elle signifie que, du point de vue de Washington, le statu quo en Iran n’est plus acceptable, et que le débat ne porte plus seulement sur des sanctions ou des accords, mais sur la nature même du régime.
En une phrase, les États-Unis ont changé de registre. Et en s’adressant directement au peuple iranien, ils ont franchi une ligne que Téhéran ne pourra pas ignorer.






