Dans la nuit du lundi au mardi, le Hezbollah a publié sa justification officielle pour son entrée dans le conflit aux côtés de l’Iran contre Israël. Une déclaration qui survient dans un contexte explosif : quelques heures plus tôt, le Premier ministre libanais avait interdit à l’organisation toute activité militaire depuis le sol libanais, et le chef d’état-major israélien venait d’avertir que le Hezbollah paierait un prix très lourd pour cette décision.
« 15 mois d’agression sans réponse »
Le communiqué publié par l’organisation est construit autour d’une logique de légitimité défensive. Pendant quinze mois, affirme le Hezbollah, l’agression contre le Liban s’est poursuivie — meurtres, destructions, humiliations. Des avertissements répétés auraient été lancés, sans effet. « L’agression prolongée ne peut être justifiée par des prétextes, » écrit l’organisation. « L’affrontement est un droit légitime. Ce qu’a fait la Résistance islamique était une réponse à l’agression, principalement pour des raisons nationales et pour garantir la sécurité et la stabilité de notre peuple et de nos régions à travers le Liban. »
L’organisation qualifie explicitement ses tirs en direction d’une base militaire israélienne d’« action défensive et droit légitime ». Une formulation soigneusement choisie, qui tente de cadrer l’entrée en guerre non pas comme une offensive délibérée, mais comme l’aboutissement inévitable d’une accumulation de provocations restées sans réponse.
Il convient de noter une précision importante : la salve nocturne tirée dans la nuit précédant cette déclaration n’était pas l’œuvre du Hezbollah, mais de l’Iran seul. L’organisation libanaise a pris soin de dissocier les deux séquences.
Beyrouth dit non — le gouvernement vote l’interdiction
La déclaration du Hezbollah intervient dans un contexte politique intérieur libanais inédit. Le Premier ministre Nawaf Salam avait annoncé quelques heures plus tôt qu’il interdisait formellement au Hezbollah toute opération militaire depuis le territoire libanais. Le ministre de la Justice libanais Adel Nassar a précisé à Al-Jazeera les conditions dans lesquelles cette décision historique a été prise : elle a été adoptée malgré l’opposition des ministres représentant le Hezbollah au sein du gouvernement, qui ont refusé de quitter la séance. Fait notable, les ministres du mouvement Amal — l’autre formation chiite libanaise — ont voté en faveur de la résolution.
Le message de Beyrouth est sans ambiguïté. « La décision du Hezbollah de tirer des missiles sur Israël est une grave erreur qui met en danger le peuple, » a déclaré le ministre de la Justice. « Le gouvernement libanais a souligné que toute activité militaire du Hezbollah ne bénéficiera plus d’aucune couverture. La zone grise est terminée. Quiconque contribuera à l’activité militaire du Hezbollah se placera en dehors de la loi. »
C’est une rupture politique majeure. Pour la première fois, un gouvernement libanais tente de désavouer formellement et publiquement le bras armé du Hezbollah, en pleine période d’hostilités actives. La question de savoir si cette décision aura un effet concret sur le terrain reste entière.
Zamir prévient : le Hezbollah paiera très cher
Du côté israélien, le chef d’état-major Eyal Zamir n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. Lors d’une évaluation de situation conduite avec les commandants de divisions du Nord, le général de la région Nord Rafi Milo et des officiers supérieurs du commandement, il a fixé le cadre de la réponse militaire avec une clarté absolue.
« Notre effort principal est l’Iran. Nous agissons avec force et frappons le régime terroriste, dans le cadre d’une coopération sans précédent avec l’armée américaine. Après que le Hezbollah a ouvert le feu, j’ai ordonné d’agir avec force contre le Hezbollah également. Tsahal a planifié et est prêt à opérer sur plusieurs fronts simultanément. »
Sur la question du gouvernement libanais, Zamir n’a pas caché son irritation. Beyrouth et l’armée libanaise avaient été avertis à maintes reprises d’agir pour désarmer le Hezbollah. Ils ne l’ont pas fait. La conclusion qu’en tire le chef d’état-major est directe : « Nous saurons nous défendre par nos propres moyens. Nous terminerons cette campagne non seulement en frappant l’Iran, mais en infligeant également une frappe très sévère au Hezbollah. Nous continuerons à exiger le désarmement du Hezbollah — c’est une exigence à laquelle nous ne renoncerons pas. Tsahal ne mettra pas fin à la campagne avant que la menace depuis le Liban ne soit levée. »
Deux logiques qui se télescopent
Ce qui se joue ici dépasse le simple échange de tirs. D’un côté, le Hezbollah tente de légitimer son entrée en guerre par un récit de résistance et de réponse défensive accumulée. De l’autre, Israël signifie clairement que cette entrée en scène ne restera pas sans conséquences durables — que la campagne en cours ne s’arrêtera pas tant que la menace nordique n’aura pas été neutralisée de façon structurelle.
Entre les deux, un gouvernement libanais qui, pour la première fois de son histoire récente, ose voter contre le Hezbollah en pleine période de guerre. Une prise de position courageuse, mais dont la portée pratique dépendra entièrement de la capacité de Beyrouth à faire respecter ses propres décisions face à une organisation armée qui n’a jamais reconnu l’autorité de l’État libanais sur ses activités militaires
— Rédaction internationale






