
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a franchi un cap rhétorique important ce mardi en annonçant que ce jour serait, selon ses propres termes, « le plus intense en matière de frappes à l’intérieur de l’Iran ». La déclaration a été faite lors d’une conférence de presse au Pentagone, aux côtés du chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine. Hegseth n’a pas cherché à ménager son vocabulaire : l’objectif de l’opération « Epic Fury » n’est pas un simple retrait stratégique ou un rééquilibrage des forces, c’est la défaite totale et décisive de l’ennemi — et rien d’autre.
Le cadre posé par Hegseth est celui d’une guerre d’attrition assumée. Dans un entretien accordé à CBS News, il a affirmé que les opérations américaines et israéliennes se poursuivraient jusqu’à ce que Téhéran accepte les conditions de capitulation et que la « victoire totale » soit atteinte, précisant que l’objectif fixé par Trump est d’obtenir une reddition inconditionnelle. Il a également indiqué que les forces américaines avaient frappé près de 3 000 cibles à l’intérieur du territoire iranien depuis le début des opérations, avec plus de 50 000 soldats américains engagés, et que la coordination avec l’armée de l’air israélienne était totale pour assurer une domination aérienne complète. Il a également promis l’envoi des « plus nombreux chasseurs, plus nombreux bombardiers, plus nombreuses frappes » de toute la campagne sur l’Iran ce mardi, et a martelé que Washington ne relâcherait pas la pression avant la défaite totale et décisive de l’ennemi.
Ce positionnement tranche avec les signaux ambivalents envoyés ces derniers jours par l’administration Trump. D’un côté, le président lui-même évoque une guerre « presque terminée » après des échanges avec Vladimir Poutine. De l’autre, Hegseth enfonce le clou et élargit l’horizon temporel : interrogé sur la durée du conflit, il a refusé de fixer une échéance précise, déclarant que cela pouvait durer quatre semaines, six, huit ou trois, selon l’évolution des opérations, tout en affirmant que les États-Unis disposaient des munitions et de l’équipement nécessaires pour l’emporter dans une guerre d’attrition. Une façon de signifier à Téhéran — et à Washington — que la sortie de guerre ne se fera pas sous la pression diplomatique, mais uniquement par la contrainte militaire.
La question des troupes au sol reste elle aussi délibérément ouverte. Hegseth a indiqué qu’il ne pouvait pas exclure l’envoi de forces terrestres américaines en Iran, tout en se gardant de préciser les conditions qui déclencheraient une telle décision. Cette ambiguïté calculée sert une double fonction : maintenir l’incertitude dans l’état-major iranien sur l’ampleur réelle de l’engagement américain, et préserver une marge de manœuvre politique à Washington face à une opinion publique qui, selon le sondage de l’université Quinnipiac publié le jour même, s’oppose à 74% à tout engagement terrestre. Sur la sécurité maritime, Hegseth a assuré que les États-Unis garantiraient par la force la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, affirmant que les capacités navales iraniennes avaient fortement reculé sous l’effet des frappes.
Au dixième jour de l’opération « Epic Fury », Hegseth a résumé la situation en une formule : « L’Iran est seul, et il est en train de perdre lourdement. » Derrière la rhétorique guerrière, le message est aussi adressé aux alliés régionaux hésitants et aux puissances extérieures — Chine, Russie — qui observent l’évolution du conflit. En revendiquant une domination militaire totale et en refusant tout horizon de sortie qui ne passerait pas par une reddition iranienne, Hegseth ferme délibérément la porte à toute médiation qui ne serait pas dictée par Washington. Le coût politique de cette posture, visible dans les sondages américains, semble pour l’instant une préoccupation secondaire pour une administration qui mise sur la rapidité des faits accomplis militaires.
Source : Maariv





