Il existe des crimes que l’on commet avec des armes, et d’autres que l’on perpètre avec des mots, des silences et des chiffres manipulés. Le génocide communicationnel appartient à cette seconde catégorie. Il ne tue pas directement, mais il efface, relativise, inverse les rôles, et prépare le terrain à la répétition des massacres. Alors que le monde se dit aujourd’hui bouleversé par les images en provenance d’Iran, où le régime des ayatollahs aurait recruté des tueurs étrangers pour écraser des manifestations civiles, il est impossible de ne pas constater le contraste brutal avec le traitement médiatique réservé aux victimes israéliennes du 7 octobre, jour de Sim’hat Torah.
Face aux manifestants iraniens, l’émotion internationale est immédiate. Les mots employés sont clairs : répression, dictature, crimes contre l’humanité. Les visages sont humanisés, les victimes reconnues, les récits relayés avec empathie. Les slogans de solidarité fleurissent sur les plateaux de télévision occidentaux. Les réseaux sociaux s’embrasent pour dénoncer le régime de Téhéran. Cette réaction serait légitime si elle n’était pas aussi terriblement asymétrique.
Car lorsque des hommes, des femmes, des enfants israéliens ont été massacrés avec une barbarie méthodique par les terroristes du Hamas le 7 octobre, la réponse mondiale n’a pas été l’empathie, mais une vague d’antisémitisme sans précédent. Là où l’on aurait dû voir une condamnation unanime, on a vu des justifications, des relativisations, parfois même une inversion morale des responsabilités. Les victimes sont devenues suspectes, leur souffrance conditionnelle, leur mort contextualisée.
La différence de traitement ne s’arrête pas à l’émotion ; elle s’ancre profondément dans le discours médiatique. Durant la guerre déclenchée par le Hamas, les rédactions internationales ont diffusé sans la moindre vérification les chiffres fournis par l’organisation terroriste elle-même, parlant de « dizaines de milliers de civils palestiniens tués », d’« affamement volontaire », de « génocide ». Ces accusations, reprises mot pour mot par des ONG autoproclamées de défense des droits de l’homme, ont été relayées comme des faits établis, sans contradictoire, sans prudence, sans esprit critique.
À l’inverse, lorsque les chaînes d’opposition iraniennes, telles qu’Iran International, évoquent plus de 30 000 manifestants exécutés en l’espace de deux jours, la prudence devient soudain la règle. Les médias occidentaux abaissent les chiffres à moins de 10 000. Certaines organisations internationales parlent même de moins de 5 000 morts. Cette réduction drastique intervient pourtant alors que circulent des images insoutenables de salles entières remplies de corps, exécutés par balles, parfois encore reliés à des perfusions et à des appareils de surveillance cardiaque dans des hôpitaux transformés en lieux d’exécution.
Cette dissonance n’est pas accidentelle. Elle révèle un système. Les ayatollahs ne se contentent pas de recruter des mercenaires étrangers pour écraser leur propre peuple ; ils ont manifestement compris que la guerre moderne se gagne aussi sur le terrain médiatique. À l’instar de leurs alliés idéologiques, ils ont importé des combattants de l’information, des experts en narration, capables de brouiller les chiffres, de semer le doute, de diluer l’horreur.
Ce mécanisme n’est pas nouveau pour Israël. Depuis des décennies, l’État hébreu est confronté à une hostilité médiatique structurelle, où chaque action défensive est présentée comme une agression, et chaque crime commis contre ses citoyens est immédiatement relativisé par un « contexte ». Le 7 octobre a marqué un paroxysme : des scènes de décapitations, de viols, de familles brûlées vives ont été accueillies par des manifestations de joie dans certaines capitales occidentales, pendant que les plateaux télé cherchaient déjà à expliquer « les causes profondes » du massacre.
Ce deux poids, deux mesures constitue en soi une forme de violence. Il nie la dignité des victimes israéliennes, il banalise le terrorisme, et il envoie un message clair aux bourreaux : tout dépend de qui vous êtes et de qui vous tuez. Lorsque la communication devient un champ de bataille, l’effacement de la vérité devient une arme stratégique.
Il est donc urgent de nommer ce phénomène pour ce qu’il est : un génocide communicationnel. Non pas parce qu’il remplace les massacres physiques, mais parce qu’il les accompagne, les justifie et les prépare. Tant que le monde continuera à hiérarchiser les morts, à sélectionner ses indignations et à manipuler les chiffres selon l’identité des victimes, aucune promesse de « plus jamais ça » ne pourra être prise au sérieux.






