Le chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, est sorti de son silence ce mardi matin et a réagi pour la première fois publiquement à la tempête politique provoquée par les révélations entourant l’ancien Premier ministre Ehud Barak. Invité sur les ondes de la radio 103FM, Lapid a livré une attaque frontale à la fois contre le Premier ministre en exercice Benjamin Netanyahou et contre Barak, dans un contexte de fortes tensions autour d’enregistrements et de déclarations attribuées à ce dernier.
Dans son intervention, Lapid a d’abord concentré ses critiques sur l’entourage du chef du gouvernement, évoquant ce qu’il a qualifié de pratiques dangereuses et profondément inquiétantes. Selon lui, certains documents et comptes rendus sécuritaires auraient été rédigés, manipulés ou présentés de manière trompeuse. Il a accusé des acteurs non identifiés d’avoir pris des matériaux de renseignement sensibles pour les transformer en une version déformée des faits. Lapid a insisté sur le caractère grave de telles agissements, estimant qu’il ne s’agissait pas d’erreurs isolées mais d’un procédé susceptible de nuire à la confiance dans les institutions de sécurité.
Poursuivant sur ce registre, le chef de l’opposition a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation des débats sécuritaires. Il a expliqué que sélectionner uniquement les éléments qui servent un agenda politique, tout en effaçant les positions exprimées par les responsables sécuritaires professionnels, constitue une ligne rouge. À ses yeux, se présenter comme simple « observateur » sur des sujets de sécurité nationale, tout en réécrivant les faits, est inacceptable et met en danger le fonctionnement démocratique de l’État.
Mais c’est surtout lorsqu’il a abordé les propos attribués à Ehud Barak que le ton de Lapid s’est durci. Réagissant aux enregistrements et aux échanges qui auraient refait surface, notamment dans le contexte des révélations liées à Jeffrey Epstein, Lapid a parlé sans détour d’un scandale. Il a déclaré que le simple fait de raviver ce type de discours était problématique, indépendamment du cadre dans lequel ces propos auraient été tenus, qu’il s’agisse d’une tribune publique ou d’une discussion interne. Pour Lapid, la résurgence de ces déclarations va à l’encontre de l’essence même du projet sioniste, qu’il décrit comme une entreprise visant à créer l’unité au sein de la société israélienne.
Dans un passage particulièrement marquant de son intervention, Lapid a élargi son propos à la question des clivages sociaux et identitaires en Israël. Il a affirmé que le cœur de la société israélienne est constitué de citoyens attachés à la tradition, capables de sanctifier le vendredi soir tout en refusant de se définir ou de se diviser selon des catégories ethniques ou communautaires. À ses yeux, toute tentative de réintroduire ce type de discours identitaire est scandaleuse et profondément nuisible.
Pour illustrer son propos, Lapid a rappelé un épisode survenu à la Knesset, lorsque le député Meir Cohen avait défié David Amsalem en lui proposant de comparer la composition ethnique de la direction de Yesh Atid à celle du Likoud. Selon Lapid, cette remarque avait laissé ses interlocuteurs « choqués ». Il a souligné que, peu importe l’identité de celui qui tient ce type de propos – qu’il s’agisse de responsables actuels comme Miki Zohar ou David Amsalem, ou d’une figure historique comme Ehud Barak – le fond du discours reste, selon lui, vide de sens et dangereux.
Lapid a ainsi mis sur le même plan ce qu’il considère comme des dérives verbales venant de différents bords politiques, estimant qu’elles participent toutes à une fragmentation inutile de la société israélienne. En qualifiant ces déclarations de « pur non-sens », il a cherché à se positionner comme le défenseur d’une ligne de cohésion nationale, au-delà des rivalités partisanes immédiates.
Cette prise de parole intervient dans un climat politique déjà tendu, marqué par une polarisation croissante et par une sensibilité extrême autour des questions de sécurité, d’identité et de leadership. Les propos de Lapid traduisent une volonté claire de capitaliser politiquement sur la controverse entourant Ehud Barak, tout en élargissant le débat à des enjeux plus profonds concernant l’unité nationale et la responsabilité des dirigeants, passés comme présents.






