Je suis horrifié par le niveau de haine déversé contre une mère d’un bébé décédé parce qu’elle a dit que sa mort était un acte du destin.
Beaucoup ont écrit de manière dure en affirmant qu’elle se dédouane, ou qu’elle dédouane la personne de la crèche de toute responsabilité. Qu’elle choisit la croyance plutôt que la responsabilité. Que c’est dangereux, sectaire ou moralement vide. Qu’elle se moque totalement de la vie de son enfant.
Si vous voulez comprendre le point de vue depuis lequel elle parle, sans la diaboliser, veuillez lire ce qui suit.
Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord ni d’accepter cela. J’écris pour les personnes curieuses, celles qui présument de la bonne intention des autres, et qui veulent comprendre comment une mère peut dire une chose pareille d’une manière cohérente, morale et saine.
Même l’approche la plus moderniste du judaïsme, celle du rabbin Soloveitchik, l’un des penseurs juifs les plus sérieux, titulaire d’un doctorat en philosophie de l’Université de Berlin et profondément ancré dans la pensée existentielle occidentale, repose sur une idée centrale :
le judaïsme est fondé sur le paradoxe.
D’un côté, nous croyons à 100 % au libre arbitre.
Les personnes sont à 100 % responsables de leurs actes.
La vie humaine est sacrée.
Être vigilant quant à la vie humaine est l’obligation morale la plus élevée.
Et en même temps, le judaïsme affirme aussi que rien ne peut arriver à une personne si Dieu ne le décrète pas d’en haut.
Les deux sont vrais. En même temps.
Le Rav Soloveitchik décrit ces deux manières d’exister dans le monde comme deux alliances :
l’alliance du destin et l’alliance de la vocation.
Le destin est ce qui nous arrive sans notre consentement.
L’accident.
La maladie.
La perte qui brise une vie.
La vocation est ce que nous faisons après que le destin frappe.
La manière dont nous réagissons.
Ce que nous exigeons de réparer.
Ce que nous construisons à partir des ruines.
Voici la partie que beaucoup manquent.
On ne peut pas vivre dans la vocation avant d’avoir reconnu le destin.
Si l’on essaie de passer directement à la colère, au blâme, à la réforme et à la mise en accusation publique sans permettre à l’âme humaine de dire d’abord « cela m’est arrivé », on ne crée pas de justice. On brise des êtres humains.
Une mère plongée dans le deuil n’est pas dans un registre de vocation.
Elle est en mode survie.
Plus tard, la société devra poser des questions difficiles, examiner les systèmes, s’assurer que justice soit rendue.
Cela relèvera de la vocation.
Mais exiger un langage de vocation d’un parent dont le monde vient de s’effondrer n’est pas de la clarté morale.
C’est de la cruauté déguisée en vertu.
Ainsi, lorsque Hani Katz, la mère du petit Ari, dit que la mort de son enfant était son destin, elle ne dit pas que personne ne doit être tenu responsable.
Ce qu’elle dit est ceci :
Elle a confié son enfant à des personnes qu’elle croyait compétentes, chaleureuses et professionnelles, après avoir confié trois enfants à cette même crèche pendant sept ans. Il y avait vingt enfants avec deux à trois nourrices (et non cinquante comme cela a été rapporté). Elle a pris la meilleure décision possible avec les informations dont elle disposait. Et malgré cela, la tragédie est survenue.
Et oui, connaissant les personnes à qui elle a confié ses enfants, elles ont fait de leur mieux. Et elles aussi ont été frappées par le destin.
Appeler cela le destin n’est ni un déni ni de l’apathie.
Dans la pensée juive, la responsabilité humaine et la volonté divine coexistent. Les personnes choisissent leurs actes, et pourtant aucun mal n’atteint une personne sans que Dieu ne le permette. Comme on le dit parfois : le libre arbitre d’autrui s’arrête au bout de ton nez.
C’est le cadre intellectuel et spirituel dans lequel elle se tient.
Elle utilise le seul langage qui lui permet de rester en vie assez longtemps pour qu’un jour elle puisse choisir la vocation.
Vous n’êtes pas obligés d’accepter cela.
Vous n’êtes pas obligés d’y croire.
Mais si vous avez de l’empathie et de l’intégrité, vous ne pouvez pas la traiter de manipulée, de membre d’une secte, de folle, ni dire qu’elle se moquait de la vie de son enfant.
Le désaccord est légitime.
La déshumanisation ne l’est pas.
Note de la rédaction : Cet article est un texte d’opinion. Les propos exprimés n’engagent que leur auteure et ne reflètent pas nécessairement les positions de l’équipe rédactionnelle.






