Les frappes russes massives contre les infrastructures civiles de Kyiv ont provoqué ces derniers jours une dégradation dramatique de la situation humanitaire dans la capitale ukrainienne. Des centaines de milliers de foyers sont aujourd’hui privés d’électricité, de chauffage et parfois d’eau courante, alors que les températures plongent jusqu’à –18 degrés. Dans ce contexte extrême, les diplomates israéliens et leurs équipes locales continuent pourtant d’assurer leurs fonctions, à l’ambassade comme à leur domicile, dans des conditions qualifiées d’« intenables ».
Selon des témoignages recueillis sur place, la majorité des envoyés israéliens vivent dans des appartements où l’alimentation électrique est irrégulière, voire inexistante pendant de longues périodes. L’absence de chauffage contraint certains à porter des manteaux à l’intérieur, jour et nuit. Il y a quelques jours, la consule Kati Nachshon est restée bloquée près de trois heures dans l’ascenseur glacé de son immeuble à la suite d’une panne de courant, illustrant la brutalité du quotidien imposé par les coupures.
« Kyiv pourrait devenir une ville fantôme »
L’ambassadeur d’Israël en Ukraine, Mikhaïl Brodsky, dresse un tableau sans précédent depuis le début de la guerre :
« Cet hiver est le plus difficile que Kyiv ait connu depuis le début du conflit. Les infrastructures détruites et le froid extrême pourraient transformer la ville en ville fantôme. Malgré tout, nous tenons bon et faisons le maximum pour remplir notre mission et apporter de l’aide aux Israéliens et aux Juifs présents en Ukraine. »
Malgré les bombardements et la crise énergétique, l’ambassade d’Israël continue de fonctionner et accueille le public, appuyée par un personnel local confronté aux mêmes pénuries. Les autorités ukrainiennes ont envisagé un report de la rentrée scolaire, mais, paradoxalement, de nombreux parents préfèrent envoyer leurs enfants à l’école, où le chauffage fonctionne encore, plutôt que de les laisser dans des appartements glacés.
Réseaux sous pression, transports perturbés
La municipalité de Kyiv a annoncé le passage des services d’urgence en régime maximal. Des équipes déploient des stations de chauffage mobiles afin d’alimenter des infrastructures vitales — hôpitaux, maternités, centres communautaires — tandis que les compagnies d’énergie tentent de rétablir progressivement l’électricité et le chauffage dans les quartiers résidentiels. Les transports publics sont, eux aussi, fortement perturbés par la surcharge du réseau et les conditions météorologiques extrêmes.
Le maire de Kyiv a qualifié la récente attaque combinée de l’une des plus destructrices depuis le début de la guerre, visant directement des installations critiques de la capitale. Il a recommandé à ceux qui le peuvent de quitter temporairement la ville pour des zones disposant d’électricité et de chauffage.
Bilan humain et inquiétudes
Selon des sources ukrainiennes, la dernière vague de frappes aurait inclus un missile balistique hypersonique, au sein d’une offensive combinant des centaines de drones et des dizaines de missiles contre des cibles à travers le pays. À Kyiv, au moins quatre personnes ont été tuées. Les services sociaux alertent sur un risque vital immédiat pour des dizaines de milliers de personnes, notamment les personnes âgées, les enfants et les habitants dépourvus de générateurs.
Mobilisation de la communauté juive
Face à l’urgence, les synagogues et établissements éducatifs juifs ont reçu du carburant pour leurs générateurs et du matériel de secours, fournis par le réseau Chabad Ukraine (JRNU), engagé dans une opération d’urgence à Kyiv et dans d’autres villes. Des familles juives sans chauffage ont été invitées à se relocaliser temporairement vers le village éducatif Or Avner, à Jytomyr, où les systèmes de chauffage fonctionnent.
« Des habitants vivent une situation intenable, dans le froid et l’obscurité nuit après nuit. Cette aide sauve des vies », témoigne un rabbin de Kyiv. Le rabbin Simcha Levenhartz, émissaire de Chabad dans la capitale, résume :
« Les communautés juives sont devenues des points de chaleur et de lumière. Les gens viennent se réchauffer, manger, recharger leurs téléphones et reprendre un peu de force. »






