La tension entre l’Iran et l’Europe franchit un nouveau seuil. Ali Shamkhani, conseiller politique principal du guide suprême iranien, a réagi avec virulence à la décision européenne de désigner les Gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste. Dans une déclaration directe et sans nuance, il a affirmé que « l’Occident ne définit pas le terrorisme, il le pratique », ajoutant que l’Iran prendrait immédiatement des contre-mesures.
Cette réaction officielle, venant d’un des plus hauts responsables politiques iraniens encore influents au sommet du régime, n’est pas une simple déclaration symbolique. Elle s’inscrit dans un contexte de durcissement général de la posture iranienne vis-à-vis de l’Occident, alors que les canaux diplomatiques sont largement bloqués et que la pression internationale sur Téhéran s’intensifie.
La décision européenne de qualifier les Gardiens de la révolution d’organisation terroriste constitue, pour l’Iran, une ligne rouge stratégique. Les Gardiens ne sont pas seulement une force militaire : ils sont un pilier central du régime, à la fois sécuritaire, économique, idéologique et politique. Ils contrôlent des pans entiers de l’économie iranienne, jouent un rôle majeur dans la politique régionale de Téhéran et assurent la survie interne du pouvoir face aux contestations.
C’est précisément pour cette raison que la réaction iranienne est aussi ferme. En attaquant les Gardiens, l’Europe ne vise pas un groupe périphérique mais le cœur du système. Le message de Shamkhani cherche donc à délégitimer moralement la décision européenne, en renversant l’accusation : selon Téhéran, ce seraient les puissances occidentales qui seraient responsables d’actes de terrorisme à l’échelle internationale, à travers leurs interventions militaires, leurs sanctions économiques et leur soutien à certains alliés régionaux.
La menace de « contre-mesures immédiates » reste volontairement vague. L’Iran entretient depuis des décennies une stratégie d’ambiguïté calculée, laissant planer l’incertitude sur la nature exacte de ses réponses. Ces contre-mesures peuvent prendre plusieurs formes : diplomatiques, économiques, juridiques ou sécuritaires. Elles peuvent également être indirectes, via des pressions sur des intérêts européens dans la région, ou par une réduction supplémentaire de toute coopération existante.
Sur le plan diplomatique, cette décision européenne risque d’entraîner une rupture encore plus nette avec Téhéran. Déjà, les relations étaient fragilisées par l’échec des négociations sur le nucléaire, les accusations de violations massives des droits humains en Iran et le rôle régional du régime. La désignation des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste ferme pratiquement la porte à toute normalisation à court terme.
Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement l’Europe. En réagissant de manière aussi offensive, le régime envoie également un message aux États-Unis et à Israël : toute tentative d’isolement total ou de criminalisation institutionnelle du pouvoir iranien sera perçue comme une déclaration de confrontation, et non comme un simple acte politique. Le discours de Shamkhani s’inscrit dans cette logique de dissuasion globale, où chaque décision occidentale est présentée comme une agression nécessitant une réponse.
Il faut aussi comprendre cette déclaration dans le contexte interne iranien. Le régime fait face à une pression populaire persistante, à une crise économique profonde et à une défiance croissante de la jeunesse. Dans ce climat, afficher une posture de fermeté absolue face à l’Occident permet de ressouder temporairement les élites autour d’un ennemi commun et de détourner l’attention des difficultés internes.
Du côté européen, la décision de désigner les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste repose sur leur implication directe dans des actions violentes, leur rôle dans la répression interne et leur soutien à des groupes armés dans la région. Mais cette décision comporte aussi des risques stratégiques : elle réduit les marges de manœuvre diplomatiques et expose les intérêts européens à des représailles, directes ou indirectes.
La déclaration de Shamkhani illustre donc une réalité inquiétante : le langage de la confrontation a remplacé celui de la diplomatie. Il ne s’agit plus de négocier des accords ou de gérer des différends, mais de définir des camps et de préparer des réponses. Même si aucune action concrète n’a encore été annoncée, le simple fait que l’Iran promette des contre-mesures immédiates suffit à accroître la tension régionale et internationale.
En l’absence de mécanismes de désescalade crédibles, chaque décision politique devient potentiellement explosive. La désignation des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste n’est pas un geste anodin : elle redessine les lignes de confrontation entre l’Iran et l’Occident. La réponse verbale d’Ali Shamkhani confirme que Téhéran a choisi de répondre par la fermeté et la menace, plutôt que par l’apaisement.
À ce stade, une chose est certaine : cette nouvelle escalade verbale éloigne encore davantage toute perspective de dialogue et installe une dynamique de défi permanent, où chaque camp se prépare désormais au pire, au nom de sa propre légitimité et de sa sécurité.






