Des documents internes de l’industrie de défense russe, consultés par le Financial Times, révèlent que la Russie a accepté de fournir à l’Iran 90 lanceurs de missiles destinés à être installés sur des hélicoptères de combat. L’information, relayée en Israël par le journaliste Assaf Rosenzweig sur la chaîne N12, a depuis été confirmée en détail par plusieurs médias qui ont pu consulter les mêmes documents.
Ces lanceurs, de modèle APU-L, sont conçus pour être montés sur les hélicoptères d’attaque Mi-28, un appareil que l’Iran possède déjà. Chaque lanceur peut emporter deux missiles du type LMUR, également désigné sous le nom de code « produit 305 » ou Izdeliye 305. Il s’agit de missiles guidés de précision, capables d’atteindre une vitesse d’environ 230 mètres par seconde et de parcourir jusqu’à 14 kilomètres en une minute. Leur particularité : ils peuvent être guidés en plein vol pour frapper des cibles mobiles ou de petite taille, ce qui en fait une arme redoutable pour des raids rapides.
Selon les documents, qui couvrent un calendrier de production s’étalant sur 2024 et 2025, la commande de ces 90 lanceurs apparaît dans les plans industriels de l’entreprise russe Vympel, spécialisée dans la fabrication de missiles et de systèmes de lancement. Un courrier daté de mai 2024, envoyé par Vympel au bureau de conception de défense KBM, évoque directement la livraison de composants liés à cette commande. Dans ces documents, l’acheteur n’est jamais nommé directement : l’agence d’État russe chargée des exportations d’armement, Rosoboronexport, utilise le code « K-10 » pour désigner l’Iran.
La livraison effective de ces lanceurs à l’Iran n’est toutefois pas confirmée. Les documents consultés par le Financial Times établissent l’existence de la commande et son avancement dans les chaînes de production russes, mais ne prouvent pas que les 90 lanceurs ont réellement été remis aux forces iraniennes. Le journal précise d’ailleurs que rien n’indique si la commande incluait aussi les missiles eux-mêmes, au-delà des seuls lanceurs.
L’Iran dispose déjà des hélicoptères compatibles avec ce type d’armement. Dès novembre 2023, des responsables iraniens avaient annoncé que les arrangements pour la livraison d’appareils Mi-28 depuis la Russie avaient été finalisés. Plus récemment, en janvier 2026, des photographies d’hélicoptères Mi-28 ont été géolocalisées sur une installation militaire à Téhéran, confirmant leur présence sur le sol iranien. Toujours selon les informations rapportées, l’Iran avait également reçu six avions d’entraînement russes Yak-130 avant la fin de l’année 2024, un autre signe de l’approfondissement de la coopération militaire entre les deux pays.
Les documents à l’origine de cette révélation ont été obtenus par Dallas Analytics, une organisation privée de renseignement ukrainienne, avant d’être transmis et vérifiés par le Financial Times. Un représentant de cette organisation a souligné que ce type de missiles convient particulièrement à des raids éclairs et à des embuscades, ne laissant à l’adversaire qu’un temps de réaction minime.
Pour donner une idée de l’ampleur de cette commande iranienne, les mêmes documents industriels font état d’une commande chinoise de 192 lanceurs du modèle APU-305, une version qui n’emporte qu’un seul missile par lanceur contrairement au modèle APU-L destiné à l’Iran. Cette comparaison illustre l’ampleur de l’activité exportatrice de l’industrie russe de l’armement, en pleine guerre contre l’Ukraine.
Cette révélation intervient alors que des services de renseignement occidentaux confirment un approfondissement de la coopération militaire entre Moscou et Téhéran, notamment pendant les épisodes de conflit au Moyen-Orient, en dépit des déclarations de l’administration Trump minimisant l’ampleur du soutien russe à l’Iran. Nicole Grayevsky, chercheuse au Carnegie Endowment, a relevé que la Russie montre une disposition à continuer d’armer l’Iran malgré ses propres besoins militaires liés à la guerre en Ukraine, avec une préoccupation nettement amoindrie pour les objections occidentales. Anna Nota, du James Martin Center, a de son côté nuancé ce constat en notant que la Russie conserve certaines lignes rouges quant à son implication dans les tensions régionales impliquant l’Iran.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de rapprochement militaire russo-iranien, documenté depuis plusieurs années par des médias israéliens et internationaux, qui avaient déjà rapporté des transferts de drones et de missiles balistiques entre les deux pays, dans un sens comme dans l’autre selon les besoins du moment. La commande de ces lanceurs pour hélicoptères de combat vient ajouter une pièce supplémentaire à ce puzzle, renforçant les capacités aériennes offensives dont Téhéran pourrait disposer face à ses adversaires régionaux.
Sur alyaexpress-news.com, plusieurs articles ont déjà évoqué cette coopération militaire grandissante entre la Russie et l’Iran. On peut notamment lire comment Zelensky avait alerté sur l’aide russe à l’Iran en matière de drones, ainsi que les propos tenus après que Meloni a brisé le silence européen sur les missiles iraniens.



