L’appel a été lancé mardi matin, sur le plateau de « Good Morning America », et il s’adressait à un seul destinataire. Kevin Reddington, avocat de la défense de Lindsay Clancy, a demandé publiquement au président Donald Trump d’envisager une grâce pour sa cliente. « Monsieur le Président, j’espère que vous prendrez en considération cette jeune femme et la personne qu’elle est, ce qu’elle a traversé, et que vous envisagerez une grâce », a-t-il déclaré.
La démarche intervient quelques jours après que le chef de l’État s’était lui-même exprimé sur le dossier. Interrogé vendredi par des journalistes à l’issue du procès, Trump avait employé des mots sans ambiguïté : elle a commis une chose horrible, avait-il dit, on ne peut pas faire pire. Il avait ajouté qu’il y aurait un prix à payer — institution psychiatrique, prison ou autre chose — et anticipé la tenue d’un nouveau procès.
C’est précisément ce commentaire présidentiel qui a fourni à Reddington son point d’entrée. Puisque le président avait jugé utile de s’exprimer sur cette affaire, a-t-il expliqué en substance, peut-être accepterait-il d’aller plus loin.
Un procès de cinq semaines qui s’achève sans verdict
Le contexte est celui d’une procédure suspendue. Lindsay Clancy, 36 ans, ancienne infirmière en salle d’accouchement, était jugée pour la mort de ses trois enfants — Cora, cinq ans, Dawson, trois ans, et Callan, encore nourrisson — survenue le 24 janvier 2023 au domicile familial de Duxbury, dans la banlieue de Boston. Elle avait plaidé non coupable des trois chefs de meurtre au premier degré.
La défense n’a jamais contesté les faits matériels. L’enjeu du procès portait entièrement sur un autre terrain : la responsabilité pénale. Reddington a soutenu que sa cliente se trouvait alors sous l’emprise d’une psychose du post-partum, un trouble psychiatrique rare mais documenté, qui altère profondément le rapport à la réalité. L’accusation a défendu la thèse inverse, estimant que Clancy avait conscience de ses actes. Elle a elle-même tenté de mettre fin à ses jours après le drame.
Après cinq semaines d’audiences et plus d’une semaine de délibérations, le jury n’est pas parvenu à l’unanimité. Le juge William Sullivan a prononcé l’annulation du procès le 4 septembre. Aucun verdict, ni condamnation ni acquittement.
Reddington estime que l’issue aurait été différente sans un incident de délibéré : un juré s’est retrouvé au centre d’un désaccord portant sur le respect des instructions données par le magistrat. Sans cela, affirme-t-il, sa cliente aurait été acquittée.
Sur le fond, l’avocat a insisté à plusieurs reprises sur la nature du trouble invoqué. Les personnes qui traversent cet état ne comprennent pas ce qu’elles font, a-t-il expliqué ; le phénomène est réel et terrifiant. Ce n’est pas du mal, a-t-il ajouté — une formulation destinée à contrer la lecture morale qui domine la couverture médiatique de ce type d’affaires.
L’obstacle que tout le monde a immédiatement relevé
La demande adressée au président se heurte pourtant à une règle constitutionnelle élémentaire, et les médias américains l’ont relevée dans l’heure. Le pouvoir de grâce du président des États-Unis est vaste, mais il ne s’applique qu’aux infractions fédérales. Or Lindsay Clancy a été poursuivie devant une juridiction de l’État du Massachusetts, pour des chefs d’accusation relevant exclusivement du droit de cet État. Elle n’entre donc pas dans le champ de la grâce présidentielle. À cela s’ajoute un second obstacle : elle n’a pas été condamnée, le procès s’étant achevé sans verdict.
Une grâce au niveau de l’État relèverait de la gouverneure du Massachusetts, Maura Healey — pas de la Maison-Blanche.
Reddington ne l’ignore pas. Interrogé peu après par une journaliste locale sur l’utilité d’une demande juridiquement irrecevable, il a répondu sans détour : l’objectif est simplement de solliciter l’aide de Trump. Autrement dit, la démarche relève de la stratégie de communication autant que du droit — faire peser une attention politique sur un dossier dont l’avenir se joue ailleurs.
Car l’avenir, justement, se décide dans le bureau du procureur du comté de Plymouth, Timothy Cruz. Quatre options s’offrent à lui : rejuger Lindsay Clancy pour meurtre au premier degré, requalifier les charges, négocier un accord de plaidoyer, ou abandonner les poursuites. Reddington, qui dit connaître Cruz depuis trente ans et le décrit comme un procureur intransigeant, se déclare prêt à discuter. Il espère que le magistrat, après avoir assisté à l’ensemble des débats et entendu les éléments présentés par les deux parties, réexaminera sa position.
Si vous ou une personne de votre entourage traversez une période de détresse psychologique, une aide existe. En Israël : ERAN, ligne d’écoute 24h/24 au 1201. NATAL, soutien aux personnes en état de stress traumatique, au *3362. La souffrance psychique périnatale se soigne, et en parler est la première étape.



