12 PAYS CONTRE ISRAËL : Arrêtez de construire ou payez le prix

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Le communiqué diplomatique est un genre littéraire codifié : on regrette, on s’inquiète, on appelle. Celui publié mardi par douze ministres des Affaires étrangères change de registre. Il annonce des mesures. Onze pays européens et le Canada ont signé conjointement un texte, diffusé par le Royaume-Uni et la France, qui met Israël face à une échéance concrète concernant la Judée-Samarie.

La liste des signataires dit à elle seule l’ampleur de l’alignement : Canada, Danemark, Finlande, France, Islande, Irlande, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne, Suède et Royaume-Uni. Douze États qui, sur ce dossier, ont choisi de parler d’une seule voix plutôt que de multiplier les prises de position nationales dispersées.

Le texte s’articule autour de quatre affirmations. La première vise le projet de construction dans la zone E1, entre Maalé Adoumim et Jérusalem-Est, que les signataires jugent destructeur pour la perspective d’une solution à deux États. La deuxième formule trois exigences adressées au gouvernement israélien : arrêt immédiat de l’expansion des implantations, suspension du transfert de compétences administratives civiles, et mise en cause effective des résidents des implantations impliqués dans des violences contre des Arabes. La troisième décrit une situation qu’ils qualifient de rapidement dégradée, attribuée à des niveaux de violence et une expansion sans précédent. La quatrième, enfin, énonce la sanction : les douze pays s’engagent à frapper les biens issus des localités qu’ils considèrent illégales au regard du droit international.

Le vocabulaire de la déclaration

Les formulations retenues méritent d’être lues attentivement, car elles fixent le cadre juridique dans lequel ces pays entendent désormais se placer. Les signataires se disent convaincus que la solution à deux États doit être protégée et déterminés à agir en faveur d’une paix juste et durable, sur la base des principes énoncés dans la Déclaration de New York adoptée un an plus tôt. Ils affirment s’opposer fermement à toute action aboutissant à l’annexion de terres palestiniennes ou au déplacement forcé de populations palestiniennes.

Le second paragraphe est celui de l’injonction. Le gouvernement israélien doit, écrivent-ils, mettre immédiatement un terme à l’expansion des implantations et aux compétences administratives civiles, garantir que les auteurs de violences répondent de leurs actes, et enquêter sur les allégations impliquant les forces israéliennes.

C’est ce dernier point qui, à Jérusalem, a été reçu comme le plus problématique. Demander à un État souverain d’ouvrir des enquêtes sur sa propre armée, dans un texte collectif diffusé publiquement, sort du registre de la recommandation diplomatique.

La justification française

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a accompagné la signature de Paris d’une explication publiée sur X. La France mettra fin à ses échanges commerciaux avec les implantations israéliennes situées dans les territoires qu’il désigne comme palestiniens occupés, aux côtés des onze autres pays engagés dans la même démarche.

Son argumentaire tient en trois éléments. La Judée-Samarie serait au bord de l’explosion : expansion non maîtrisée en violation du droit international, poussée de violences commises par des résidents extrémistes contre des Palestiniens, et actes qualifiés de terroristes que les autorités israéliennes elles-mêmes ont dénoncés. Cette situation, poursuit-il, porte atteinte à la dignité du peuple palestinien, nuit aux intérêts sécuritaires d’Israël, et rend impossible toute solution à deux États.

Barrot a pris soin d’ajouter une clause que ses homologues n’ont pas tous jugé utile de formuler. L’attaque du 7 octobre, écrit-il, constitue une blessure immense et indélébile, qu’il ne faut ni minimiser ni relativiser. Précaution rhétorique pour les uns, reconnaissance sincère pour les autres — elle n’a pas modifié la conclusion, qui appelle Israël à mettre impérativement fin à ce qu’il considère comme une implantation illégale et aux violences qui l’accompagnent.

Cette séquence ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs semaines, les ministres des Affaires étrangères israélien et britannique s’affrontaient publiquement sur ce dossier, Jérusalem avertissant Londres qu’elle riposterait si le Royaume-Uni passait aux actes contre la Judée-Samarie. L’avertissement n’était pas une posture : quelques heures après la publication de la déclaration commune, Israël annonçait une série de contre-mesures visant directement le Royaume-Uni.

Un absent notable dans cette liste de douze : les États-Unis. Washington a fait savoir qu’il ne se joindrait pas au mouvement. C’est probablement le paramètre le plus déterminant de toute l’affaire. Une pression européenne et canadienne coordonnée pèse politiquement et symboliquement ; sans l’appui américain, son effet économique réel sur Israël reste limité. Le message vaut surtout par ce qu’il annonce : ces douze pays viennent d’établir un précédent, et un précédent, en diplomatie, sert toujours de point de départ à la mesure suivante.

Sur ce dossier et ses prolongements, nos articles précédents éclairent le contexte : la bataille européenne autour de Maalé Adoumim et de la zone E1, la préparation par Israël de sanctions ciblées après la reconnaissance de la « Palestine », et les tensions entre Netanyahou et le gouvernement travailliste britannique.

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