« Israël se bat pour sa sécurité. La voie empruntée aujourd’hui par Israël est dangereuse. Il ne s’agit pas d’un avertissement général, mais d’un avertissement immédiat et concret. Nous devons réagir avant qu’il ne soit trop tard. Nous devons tous faire un autre choix : choisir la véritable sécurité. » C’est en ces termes que Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et président du parti Yashar !, s’est adressé aux Israéliens à cinquante jours des élections.
« Une direction dont la seule vision est la survie »
D’après N12, qui rapporte l’intégralité de la déclaration, Eisenkot a dénoncé « une direction qui réécrit l’histoire », pour laquelle « les notions de décision et de sécurité nationale sont trop grandes ». « Sa seule vision est la survie, et ce n’est pas du leadership », a-t-il lancé. « Israël se bat pour sa sécurité et pour ses intérêts les plus profonds. La voie sur laquelle Israël est conduit est dangereuse. »
« La seule issue du gouvernement, c’est la survie par la non-décision », a poursuivi l’ancien chef d’état-major. « C’est leur plan : produire une paralysie politique et un chaos qui amèneront encore et encore des cycles électoraux, et une spirale. Ils ne connaissent pas d’autre voie. » Avant d’ajouter : « Nous devons nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard. »
Ces propos prolongent le discours qu’Eisenkot a tenu lundi soir en présentant la liste de Yashar ! pour la 26e Knesset. Selon Israel Hayom, il y a décrit le scrutin à venir comme « un référendum sur l’identité de la nation » et résumé le choix en une formule : « entre sionisme et désertion, entre unité et division, entre vérité et mensonge ». Il a promis de « regarder les défis en face » et de « vaincre nos ennemis avec courage et intelligence, sans reculer », et a fixé l’objectif : « une majorité nette, large et claire dans les urnes », parce que « le peuple en a assez du style des spins, des menaces et du chantage ».
Une liste présentée comme une « mosaïque israélienne »
La liste dévoilée lundi se veut, selon Eisenkot, un « puzzle israélien » : laïcs, religieux et traditionalistes, Juifs et Druzes, immigrants et sabras, habitants de la périphérie et du centre, réservistes et familles endeuillées, avec une parité stricte entre femmes et hommes. Parmi les intervenants de la soirée, Israel Hayom cite le député Hili Tropper, le général de réserve druze Abu Kamil Rukun, Alex Rif, immigrante d’Ukraine, Nir Hajbi, père d’un jeune homme assassiné au moshav Yakhini le 7 octobre, ou encore Shai Fisher, agriculteur de Galilée dont les grands-parents ont été tués par un missile Kornet en janvier 2024.
Tropper a raconté un échange avec Eisenkot après la mort de son fils Gal, tombé à Gaza, lorsqu’il lui a demandé s’il ressentait une culpabilité pour les décisions prises comme commandant. « S’il y a en moi un sentiment de culpabilité, il concerne des dizaines de milliers de familles. C’est selon lui que j’ai agi toutes ces années en envoyant tous les combattants au feu ; j’ai senti que mes enfants étaient, dans ce cas, comme les autres », lui aurait répondu l’ancien chef d’état-major.
Le bloc du changement s’agace
Le ton martial d’Eisenkot ne plaît pas à tout le monde, y compris de son côté de l’échiquier. Selon N12, des responsables du bloc du changement lui reprochent de viser spécifiquement leurs électeurs et de s’orienter vers une campagne de « grand parti », au risque de faire tomber certaines formations du bloc sous le seuil d’éligibilité. « Il mène une lutte intra-bloc pour grandir aux dépens de ses partenaires de camp », accuse l’un d’eux, un autre parlant d’« une bonne dose d’hypocrisie ». Yashar ! a répondu que « le bloc du changement est organisé de façon optimale » et que le parti continuerait d’agir « à la lumière de l’objectif commun : remplacer le gouvernement du 7 octobre ».
L’ancien chef d’état-major, qui a expliqué ces dernières semaines qu’un État palestinien après le 7 octobre relevait d’une « pensée délirante » et qu’il préférerait de nouvelles élections plutôt que de transiger sur la conscription de tous les citoyens, joue une partition singulière : sécuritaire, exigeante sur le service militaire, hostile au gouvernement Netanyahou, mais refusant les étiquettes de gauche. C’est précisément ce positionnement qui inquiète ses partenaires autant qu’il irrite ses adversaires.
Sur la campagne pour la 26e Knesset, relisez notre analyse des sondages d’après-guerre : https://infos-israel.news/elections-israeliennes-2026-le-come-back-surprise-qui-pourrait-renverser-netanyahou/ et retrouvez toute notre actualité politique israélienne : https://infos-israel.news/category/israel/



