Le cabinet de sécurité israélien a approuvé en secret la création de 34 nouvelles implantations en Judée-Samarie, portant d’un coup le total des implantations approuvées de 69 à 103. C’est le plus grand nombre jamais voté en une seule séance de cabinet. La décision a été classifiée à un niveau élevé — notamment pour éviter toute pression américaine en pleine guerre et dans le contexte de l’ultimatum de Trump. Elle est publiée ce jeudi avec l’autorisation de la censure militaire.
La création de 34 implantations en Judée-Samarie en une seule décision secrète est l’acte politique le plus lourd de conséquences géopolitiques adopté par le gouvernement israélien depuis le début du conflit avec l’Iran — et le plus soigneusement dissimulé.
Un record absolu, voté en pleine campagne militaire
Le cabinet a approuvé secrètement la création de 34 nouvelles implantations en Judée-Samarie — un chiffre record qui passe en une seule décision. Jusqu’ici, 69 implantations avaient été approuvées lors de nombreuses occasions distinctes. Le total va désormais passer à 103 en une seule séance.
La signification politique de ce chiffre dépasse sa dimension quantitative. Voter 34 implantations d’un coup, en une seule réunion, dans le secret absolu, pendant que l’armée est engagée dans une guerre multifront — c’est une décision qui ne ressemble à aucune autre dans l’histoire récente de la politique des implantations. Le gouvernement a manifestement considéré que la couverture de la guerre constituait une fenêtre d’opportunité pour avancer sur un dossier qui, en temps ordinaire, génère des semaines de débat international.
Des localisations volontairement provocatrices
La géographie des implantations approuvées mérite une attention particulière. Parmi les emplacements approuvés figurent des terrains situés à l’intérieur d’enclaves arabes dans le nord de la Samarie, et des points éloignés que l’armée elle-même fréquente peu.
Deux implantations illustrent particulièrement la portée stratégique de la décision. « Noa » sera construite au sud de Ganim et Kadim, les localités isolées proches de Qabatya — en plein milieu de zones arabes entre les zones A et B. « Emek Dotan » reliera Shaked-Nur, Homesh et Shavei Shomron, créant un corridor territorial continu dans une zone aujourd’hui fragmentée. Ces deux projets ne sont pas des extensions de blocs existants — ce sont des avant-postes dans des zones où la présence israélienne est aujourd’hui quasi inexistante, et que l’armée elle-même évite.
L’armée s’est opposée, sans succès
La révélation la plus significative de ce dossier est peut-être celle-ci : le chef d’état-major, présent à la réunion, n’a pas formellement objecté, mais a exprimé des réserves en raison des contraintes en effectifs et a demandé d’échelonner la mise en œuvre de la décision, en créant quelques implantations à la fois. La position de l’armée n’a pas été retenue et la décision a été adoptée.
Ce passage est d’une importance considérable. Tsahal, engagé simultanément contre l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, signale qu’il n’a pas les effectifs nécessaires pour sécuriser 34 nouvelles implantations — dont plusieurs dans des zones aujourd’hui hors de portée régulière de ses patrouilles. Le cabinet a ignoré cette mise en garde. L’écart entre la décision politique et la capacité opérationnelle de l’armée à la mettre en œuvre est un signal d’alarme que les planificateurs militaires ne pourront pas ignorer longtemps.
Classifié pour éviter Washington
Le cabinet a décidé de garder cet événement dramatique classifié en partie pour ne pas déclencher de pression américaine en pleine campagne militaire, dans le contexte de l’ultimatum de Trump.
Cette motivation est révélatrice à elle seule. Le gouvernement israélien savait que cette décision serait inacceptable pour Washington — qui vient de négocier un cessez-le-feu fragile avec l’Iran et dont le soutien militaire et diplomatique est indispensable à Israël. Plutôt que d’affronter cette friction directement, il a choisi le secret. La décision a été prise, les faits sont créés sur le terrain, et Washington ne l’apprendra que maintenant — une fois la censure levée et les engagements déjà formalisés.
L’annexe secrète sur les infrastructures : un précédent juridique
Dans la décision se cache également un article sans précédent concernant les infrastructures en eau et en électricité des implantations : selon l’annexe secrète, les infrastructures énergétiques (électricité et eau) commenceront à être construites avant même la régularisation foncière.
C’est un renversement de la séquence juridique habituelle. Normalement, la régularisation du statut juridique du terrain précède toute construction d’infrastructure permanente. En inversant cet ordre, le gouvernement crée des faits accomplis matériels — des réseaux électriques et hydrauliques installés — qui rendront toute remise en cause ultérieure du statut des terrains encore plus difficile. C’est une technique d’irréversibilité accélérée.
Katz et Smotrich ne commentent pas
Le ministre de la Défense Israel Katz et le ministre au ministère de la Défense Bezalel Smotrich ont tous deux choisi de ne pas commenter. Ce silence conjoint est en lui-même un commentaire : l’un et l’autre savent que cette décision, révélée au moment où Israël tente de maintenir un cessez-le-feu avec l’Iran et de préserver ses relations avec Washington, va provoquer des réactions internationales sévères qu’il est difficile de défendre publiquement dans l’immédiat.
Le timing comme stratégie
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la sophistication du calcul politique qui la sous-tend. Voter le record absolu d’implantations pendant une guerre, le classer secret pour neutraliser la pression internationale, ignorer les mises en garde de l’armée, et inverser la séquence juridique habituelle pour accélérer l’irréversibilité sur le terrain — chaque élément de cette décision révèle une intention de transformer durablement le paysage territorial de Judée-Samarie en utilisant le chaos de la guerre comme couverture.
L’histoire jugera si ce pari était stratégiquement fondé. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que la levée de la censure intervient au pire moment possible pour la diplomatie israélienne — au lendemain d’un cessez-le-feu fragile, à deux jours de négociations cruciales à Islamabad, et à un moment où Israël a besoin de la confiance américaine plus que jamais.





