En temps de guerre, les chiffres parlent rarement d’eux-mêmes. Mais quand un navigateur de combat de l’escadron F-16 de Tsahal prend la parole pour décrire ce qu’il vit au-dessus de l’Iran, les mots prennent une densité particulière. En moins de quatre jours depuis le début de l’opération Shaagat HaAri, l’armée de l’air israélienne a déjà effectué plus de sorties que pendant l’ensemble de l’opération Am Kélavi de juin 2025 — une campagne qui avait elle-même été considérée comme un tournant historique. Ce témoignage rare, recueilli par Ynet, éclaire les coulisses d’une offensive aérienne d’une ampleur sans précédent.
Une cadence qui dépasse tout ce qui a précédé
Le commandant adjoint B. ne cherche pas à dramatiser. Il décrit sobrement une réalité opérationnelle qui parle d’elle-même. « Cette guerre est particulière. Elle pousse l’armée de l’air à l’extrême. Chaque membre d’équipage doit combler les absences parce que tout le monde vole à un rythme élevé et reçoit d’innombrables missions. » La rupture avec les campagnes précédentes est nette : « Nous ne combattons pas contre une organisation terroriste. Nous combattons contre un État. »
Les chiffres confirment cette rupture. Avant même que quatre jours ne se soient écoulés depuis le lancement de l’opération, le nombre cumulé de sorties aériennes avait déjà dépassé le total de toute l’opération Am Kélavi. Chaque heure compte. Chaque équipage est mobilisé à un rythme que personne n’avait anticipé dans ces proportions. « On compte les heures de sommeil de chacun — ce n’est pas ce à quoi nous étions habitués. Tout ça pour mener l’attaque la plus agressive possible. »
Dans le cockpit : la tension qui ne se relâche jamais
Les vols vers l’Iran ne ressemblent à aucun autre. La distance, la durée, la densité des décisions à prendre en chemin — tout contribue à un état de vigilance extrême qui ne s’interrompt qu’à de rares moments. « L’aller est plus complexe parce qu’il y a beaucoup d’actions à effectuer — vérifier que l’avion est prêt, s’assurer que les cibles sont verrouillées. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où on peut relâcher la pression. Peut-être un peu à partir du moment où on franchit la ligne vers les zones plus sûres. »
Pour tenir sur ces longues missions, les équipages ont adopté des rituels simples : barres énergétiques, fruits secs, bouteilles d’eau. Des détails qui disent, à leur façon, que derrière la machine de guerre se trouvent des hommes qui gèrent leur endurance heure par heure.
La question du secret opérationnel est elle aussi au cœur du quotidien de ces pilotes. Savoir l’heure d’une frappe imminente sans pouvoir en avertir ses proches est une charge psychologique réelle. « Ce qui me guide dans ce processus, c’est de savoir que si le secret venait à être révélé, je serais en danger élevé et la capacité de nuire à l’État d’Israël augmenterait. Mais il y a des sentiments difficiles. Est-ce que quelqu’un de proche sera dans un espace protégé à temps ? Mais nous sommes israéliens — tout le monde savait que ça allait arriver. »
Pas de combats aériens — une domination totale dans les airs
L’un des aspects les plus frappants du récit du navigateur concerne l’absence quasi totale de résistance aérienne iranienne. Alors que les médias ont beaucoup couvert les frappes au sol et la neutralisation des capacités balistiques iraniennes, la dimension aérienne du conflit est restée dans l’ombre. La raison est simple : il n’y a presque rien à raconter de ce côté-là. « Il n’y a pas de combats aériens. Ils tentent d’être actifs mais nous n’avons pas encore rencontré de menaces aériennes significatives. »
Cette domination totale dans les airs confirme ce que les analyses militaires avaient anticipé : l’armée de l’air iranienne, déjà dégradée par des années de sanctions et de sabotages, n’est pas en mesure de contester sérieusement la supériorité israélienne dans le ciel.
Le 7 octobre, toujours présent à des milliers de mètres d’altitude
Ce qui ressort peut-être avec le plus de force dans ce témoignage, c’est la continuité intime entre le traumatisme du 7 octobre 2023 et les missions actuelles au-dessus de l’Iran. Pour ce navigateur, les deux ne sont pas séparables. « Je fais partie de Tsahal — cette même armée qui n’a pas accompli sa mission ce jour-là. Cela m’est gravé dans la tête. Il n’y a pas un vol où je ne pense pas au 7 octobre. Et je fais tout pour que cela ne se reproduise jamais. C’est un privilège pour moi d’être à un endroit qui influence de cette façon la sécurité d’Israël. »
En clôture de son témoignage, il a adressé un message aux civils israéliens : « Je voudrais souhaiter aux citoyens du pays un joyeux Pourim et un Ramadan béni. »






