Une controverse politique majeure secoue New York après l’annonce de l’ouverture d’une enquête officielle du Sénat américain contre le nouveau maire de la ville, Zohran Mamdani. L’initiative émane du sénateur républicain Bill Cassidy, président de la commission sénatoriale de la Santé, de l’Éducation, du Travail et des Retraites. L’enquête porte sur une série de décisions prises par le maire peu après son entrée en fonction, décisions jugées préoccupantes par plusieurs responsables politiques et organisations juives américaines.
Au cœur de la controverse figure le retrait par la municipalité de New York de l’adoption officielle de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, connue sous l’acronyme IHRA. Cette définition, largement utilisée à travers le monde occidental, inclut certaines formes de délégitimation du droit à l’existence de l’État d’Israël comme relevant de l’antisémitisme. Elle avait été adoptée par le gouvernement fédéral américain en 2019 et bénéficie depuis d’un large soutien bipartisan.
Selon les informations publiées, à peine un mois après son arrivée à la tête de la mairie, Mamdani a signé un décret annulant l’utilisation de la définition de l’IHRA comme référence officielle dans la ville. Dans le même mouvement, il a également abrogé une directive municipale antérieure interdisant aux organismes de la ville de coopérer avec des campagnes appelant au boycott d’Israël, communément regroupées sous le sigle BDS.
Ces décisions ont immédiatement suscité une vague de critiques, en particulier de la part d’élus républicains et de responsables communautaires juifs, qui y voient un affaiblissement dangereux de la lutte institutionnelle contre l’antisémitisme. Pour le sénateur Cassidy, ces choix politiques soulèvent des interrogations sérieuses quant à la volonté de la municipalité de protéger efficacement les citoyens juifs, notamment dans le système éducatif.
Dans une lettre officielle adressée au maire, Cassidy a exigé des clarifications précises. Il lui demande notamment si la ville de New York envisage d’adopter une définition alternative de l’antisémitisme, et, le cas échéant, laquelle. Le sénateur souhaite également savoir quelles mesures concrètes la municipalité entend mettre en place pour garantir la sécurité et le bien-être des élèves juifs dans les écoles publiques, dans un contexte où les incidents antisémites sont en nette augmentation aux États-Unis.
Une autre question centrale de l’enquête concerne la position personnelle et institutionnelle du maire sur les campagnes de boycott visant Israël. Cassidy a explicitement demandé à Mamdani s’il considère ces campagnes comme une forme d’expression politique légitime ou comme une manifestation d’antisémitisme. Dans sa lettre, le sénateur a écrit : « Mon rôle est de m’assurer que chaque élève se sente en sécurité. À une époque où les étudiants juifs vivent dans la peur, je crains que vos décisions n’aggravent encore leur sentiment d’insécurité ».
L’ouverture de cette enquête s’inscrit dans un climat de tensions croissantes sur les campus universitaires et dans les grandes villes américaines, où des manifestations liées au conflit israélo-palestinien ont parfois dégénéré en actes ou discours jugés antisémites. Les républicains accusent régulièrement certains dirigeants progressistes de relativiser, voire de minimiser, ces dérives au nom de la liberté d’expression ou de la critique politique d’Israël.
Du côté des soutiens de Mamdani, on défend au contraire une approche plus restrictive de la définition de l’antisémitisme, estimant que celle de l’IHRA risque de confondre critique légitime de la politique israélienne et haine des Juifs. Selon eux, le retrait de cette définition ne signifie pas un abandon de la lutte contre l’antisémitisme, mais une volonté de la mener avec des outils différents.
Pour l’heure, le maire de New York n’a pas encore répondu publiquement de manière détaillée aux questions soulevées par le Sénat. Son entourage affirme toutefois que la ville reste engagée dans la protection de toutes les communautés et dans la lutte contre toutes les formes de haine. Reste que l’enquête sénatoriale pourrait avoir des répercussions politiques importantes, tant au niveau local que national, en plaçant New York au centre d’un débat explosif sur les limites entre antisémitisme, antisionisme et liberté d’expression.
Cette affaire illustre plus largement la fracture idéologique qui traverse la politique américaine actuelle. Entre une approche institutionnelle stricte de la lutte contre l’antisémitisme et une vision plus permissive défendue par certains courants progressistes, le dossier Mamdani pourrait devenir un symbole des batailles culturelles et politiques qui façonnent les États-Unis à l’approche des prochaines échéances électorales.






