Len Blavatnik choisit le pire acquéreur pour la chaîne 13 : une vente qui inquiète la presse israélienne

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La décision de Len Blavatnik, propriétaire de la chaîne israélienne Channel 13, de céder cet actif déficitaire suscite une vive controverse dans les milieux médiatiques et journalistiques. Après avoir reçu deux offres de rachat, le milliardaire a finalement opté pour celle de Patrick Drahi, propriétaire du groupe HOT et de la chaîne i24NEWS — un choix perçu par beaucoup comme le scénario le plus inquiétant pour l’avenir de l’indépendance éditoriale de la chaîne.

Selon les informations publiées par TheMarker, Blavatnik cherchait depuis longtemps à se séparer de Channel 13, devenue un fardeau financier. Deux propositions étaient sur la table. La première, émanant de Patrick Drahi, repose sur une reprise indirecte du contrôle de la chaîne, malgré la situation financière extrêmement fragile du magnat franco-israélo-portugais, lourdement endetté à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Drahi a déjà engagé, ces derniers mois, une vague massive de licenciements au sein de la rédaction de i24NEWS, ce qui alimente les craintes d’un scénario similaire pour les équipes de Channel 13.

La seconde offre provenait d’un groupe de dirigeants du secteur high-tech israélien, réunis autour du fondateur de Wiz, Asaf Rappaport. Ce consortium s’était engagé à investir immédiatement 100 millions de shekels dans la chaîne, affirmant vouloir préserver un média indépendant, même déficitaire, au nom de la liberté de la presse et du pluralisme démocratique. Une démarche rare dans un paysage médiatique soumis à de fortes pressions économiques et politiques.

Malgré cet engagement financier clair et assumé, Blavatnik a écarté l’offre de Rappaport. D’après TheMarker, ce choix n’est pas uniquement économique. Des signaux explicites auraient été transmis depuis les plus hautes sphères politiques : une vente à la structure menée par Rappaport risquait de se heurter à de longs délais d’approbation réglementaire, tandis qu’un accord avec Patrick Drahi serait validé « en cinq minutes ». Un message à peine voilé, qui jette une ombre lourde sur la transparence du processus.

La situation devient encore plus problématique sur le plan juridique. En vertu de la législation israélienne sur la concentration des médias, Patrick Drahi, déjà propriétaire de plusieurs organes de presse, n’a pas le droit de détenir une participation de contrôle dans une chaîne de télévision supplémentaire. Sa part est légalement plafonnée à 15 %. Pour contourner cette restriction, le montage envisagé prévoit que le directeur général de Channel 13, Emiliano Calemzuk, devienne officiellement détenteur du paquet de contrôle. Or, Calemzuk ne disposerait d’aucun capital propre et n’investirait pas personnellement dans l’opération.

Dans les faits, Patrick Drahi serait donc l’unique investisseur réel et le véritable décideur stratégique de la chaîne, malgré une structure juridique qui masque cette réalité. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un contournement manifeste de la loi, susceptible de créer un précédent dangereux pour l’ensemble du paysage médiatique israélien.

Les conséquences potentielles sont lourdes. Des sources internes estiment que Drahi pourrait chercher à fusionner les rédactions de Channel 13 et de i24NEWS afin de réduire drastiquement les coûts, ce qui se traduirait par des licenciements massifs et une uniformisation éditoriale. La rédaction de Hadashot 13 se retrouve ainsi, une fois de plus, sous la menace d’un démantèlement pur et simple.

Face à cette perspective, l’Association des journalistes israéliens a réagi avec fermeté. Elle a adressé une requête urgente à l’Autorité de la concurrence et aux autres instances de régulation, appelant à bloquer immédiatement une transaction qualifiée de « manifestement illégale ». Selon l’association, cette vente « menace de porter un préjudice grave et irréversible à l’indépendance des médias et aux services d’information en Israël ».

Au-delà du cas spécifique de Channel 13, cette affaire révèle un malaise plus profond. Elle met en lumière l’extrême fragilité économique des médias indépendants, la concentration croissante de la propriété des organes d’information et l’influence grandissante du pouvoir politique sur les décisions censées relever du marché et de la régulation. Le fait qu’un investisseur prêt à injecter des fonds pour préserver la liberté de la presse soit écarté au profit d’un magnat endetté, soupçonné de vouloir réduire les coûts au détriment du journalisme, alimente un sentiment de dérive inquiétante.

Pour beaucoup de journalistes, cette vente symbolise un tournant. Non seulement pour Channel 13, mais pour l’ensemble de l’écosystème médiatique israélien. La question n’est plus seulement de savoir qui possédera la chaîne, mais quel type d’information pourra encore être produite dans un environnement où l’indépendance éditoriale semble de plus en plus négociable.

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