« Notre cœur bat à l’unisson » : la ville italienne de Riace signe un accord de villes jumelées avec Gaza – le gouvernement l’annule

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Le gouvernement italien a bloqué l’initiative de la petite ville de Riace, située en Calabre, visant à signer un accord de jumelage avec Gaza. Les autorités de Rome estiment que cette démarche pourrait « porter gravement atteinte à la politique étrangère de l’Italie », en raison des liens entre les autorités locales de Gaza et le Hamas, classé organisation terroriste et soumis à des sanctions de l’Union européenne. La décision, transmise par des courriers officiels du ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani et du ministre des Affaires régionales Roberto Calderoli, a déclenché un affrontement public avec le maire de Riace, qui défend une initiative qu’il qualifie de strictement humanitaire et symbolique.

Riace, modeste commune du sud de l’Italie, s’est fait connaître au niveau international par un modèle original d’accueil des migrants et par une identité culturelle ancienne. L’annonce de son projet de jumelage avec Gaza s’inscrivait, selon la municipalité, dans une volonté d’exprimer solidarité et fraternité envers une population frappée par une crise humanitaire prolongée. Mais pour le gouvernement italien, toute coopération institutionnelle avec une entité territoriale contrôlée de facto par le Hamas comporte un risque diplomatique majeur et peut être interprétée comme une reconnaissance politique indirecte.

Le maire de Riace et député européen Mimmo Lucano a vivement réagi à cette annulation. Il affirme être injustement accusé de complaisance envers le terrorisme et dénonce une lecture purement politique d’un geste qu’il présente comme moral et humanitaire. « On m’accuse de collaborer avec des terroristes, mais personne ne se soucie réellement du sort du peuple palestinien », a-t-il déclaré, soulignant que l’accord de jumelage n’avait aucune portée diplomatique ou stratégique.

À la suite du refus gouvernemental, Lucano a adressé une lettre ouverte au président de la République italienne Sergio Mattarella. Il y décrit le jumelage comme « un pont reliant ce que la guerre sépare » et estime que l’intervention de l’État porte atteinte à l’autonomie statutaire des collectivités locales, pourtant garantie par la Constitution italienne. Selon lui, empêcher une commune d’exprimer une solidarité symbolique revient à restreindre un espace fondamental de liberté civique.

Lors d’une conférence de presse, à laquelle participait également l’ancien maire de Naples Luigi de Magistris, Lucano a insisté sur le caractère civil des interlocuteurs gazaouis. Il a notamment affirmé que le maire de Gaza, Yahya al-Sarraj, n’était pas affilié au Hamas. Al-Sarraj est intervenu par visioconférence pour décrire des conditions de vie extrêmement difficiles dans l’enclave, où des milliers de personnes vivent encore parmi les ruines. Il a salué l’initiative de Riace comme un rare geste d’humanité offrant un sentiment de solidarité internationale.

Le débat a rapidement pris une dimension idéologique plus large. De Magistris a évoqué une responsabilité historique des peuples lorsque, selon lui, les gouvernements échouent moralement. Lucano, de son côté, affirme que même sans reconnaissance officielle, le lien entre Riace et Gaza « reste gravé dans le cœur et dans la pierre », notamment à travers des fresques murales visibles dans la ville.

Au-delà de la polémique immédiate, Riace demeure un symbole. Située sur la côte ionienne, la commune est mondialement connue depuis la découverte, en 1972, des célèbres bronzes de Riace, chefs-d’œuvre archéologiques majeurs du XXᵉ siècle. Plus récemment, elle est devenue l’emblème d’un « modèle Riace » d’intégration des migrants : maisons abandonnées réhabilitées, renaissance d’artisanats traditionnels et revitalisation économique. À son apogée, ce modèle avait accueilli des centaines de migrants venus de plus de vingt pays, redonnant vie à une localité frappée par le déclin démographique.

Cependant, depuis 2018, des conflits politiques et judiciaires ont fortement réduit cette expérience. Aujourd’hui, la ville ne compte qu’environ 1 800 habitants, majoritairement âgés. La réélection de Lucano en 2024 a néanmoins ravivé l’espoir d’un renouveau social et culturel.

Pour Lucano, le jumelage avec Gaza dépasse largement un simple acte administratif. Il s’agit, selon ses mots, d’un défi moral opposant « le droit de la force au droit de l’amour ». Tandis que Rome maintient son refus, Riace persiste dans sa volonté de porter un message symbolique. Le débat touche désormais au cœur des tensions entre autonomie locale et politique étrangère nationale, illustrant les fractures idéologiques qui traversent l’Italie et, plus largement, l’Europe face au conflit israélo-palestinien.

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