À Be’er Sheva, les témoignages se multiplient depuis plusieurs semaines : des bandes organisées de jeunes bédouins, parfois accompagnées de mineurs issus de familles de collaborateurs palestiniens, attendent les adolescents à la sortie des centres commerciaux et des parcs pour les dépouiller sous la menace de couteaux, d’outils et même de tournevis. Les habitants parlent d’un sentiment d’abandon complet, d’un vide sécuritaire qui laisse la ville aux mains de ces groupes violents, tandis que les autorités policières peinent à fournir la moindre réponse.
Le phénomène a éclaté au grand jour après plusieurs agressions filmées et partagées sur les réseaux sociaux. Des adolescents racontent avoir été suivis en sortant du Grand Canyon, l’un des plus grands centres commerciaux du sud du pays, puis encerclés par des groupes de jeunes armés. “Je suis sorti du centre, ils ont sauté sur moi et m’ont arraché le sac de vêtements que je venais d’acheter”, raconte G., 14 ans. “Ils attendent les enfants qui sortent, ils savent qu’on n’a aucun moyen de se défendre. Les gens ont peur de marcher seuls.”
Selon les habitants, les méthodes sont devenues systématiques : repérage des adolescents à la sortie des magasins, menaces, coups, confiscation des téléphones et vols de sacs contenant vêtements, friandises et parfois même des chaussures. A., agressé lui aussi récemment, affirme : “Ils m’ont volé un sac rempli de bonbons. Ils se déplacent en groupe, ils ont des couteaux et des tournevis. On n’ose plus aller au centre-ville ou acheter quelque chose sans regarder partout.”
Le plus inquiétant est la multiplication des attaques dans les parcs publics. Les groupes arrivent souvent en voiture depuis les zones bédouines environnantes, se rassemblent en dizaines et enchaînent les agressions éclair. Plusieurs habitants parlent d’un climat de peur permanent dès la tombée de la nuit : adolescents dépouillés, intimidations, bouteilles d’alcool arrachées, téléphones subtilisés. Aucun quartier ne semble épargné.
Les habitants évoquent une absence totale d’intervention policière. “La police n’existe pas dans cette ville”, affirme D., une mère de famille, dans un témoignage qui circule massivement. “Be’er Sheva est abandonnée. On paie une taxe de sécurité municipale mais il n’y a ni policiers, ni gardiens, ni présence rassurante dans les rues.” Les critiques visent à la fois la municipalité et la police nationale, accusées de laisser le terrain aux bandes criminelles issues des zones bédouines du Néguev.
Cette montée de violence s’inscrit dans un contexte plus large : le crime organisé bédouin dans le sud d’Israël a connu une expansion fulgurante ces dernières années, alimenté par la prolifération d’armes illégales, la faiblesse de l’application de la loi dans certaines zones non reconnues et la radicalisation d’une partie de la jeunesse. À cela s’ajoute l’impact du 7 octobre, qui a mobilisé une grande partie des forces de sécurité sur le front sud et dans les localités proches de Gaza, laissant des zones urbaines comme Be’er Sheva plus exposées.
Des experts en sécurité interrogés par Mako soulignent que ces bandes sont composées majoritairement de jeunes mineurs, souvent déscolarisés, qui considèrent les adolescents israéliens comme des cibles faciles et peu risquées. Certaines de ces attaques seraient imitées de vidéos circulant sur TikTok, alimentant une dynamique d’“exploits” violents destinés à impressionner leurs pairs ou à gagner du statut au sein de leur groupe.
Source réelle et vérifiable (Mako) : https://www.mako.co.il/news-law/2025_q4/Article-552d7e4f1ecbf81027.htm
Les habitants expliquent aussi que les zones commerciales sont devenues des points chauds, car les bandes savent que les adolescents y achètent vêtements, nourriture ou accessoires faciles à revendre. L’absence de caméras et de patrouilles régulières facilite encore leurs opérations. Plusieurs parents affirment désormais interdire à leurs enfants de sortir seuls après 18 heures, ce qui témoigne de la gravité du climat d’insécurité.
Alors que les médias locaux s’emparent du sujet, des élus du sud demandent une intervention massive du ministère de la Sécurité nationale, avec des renforts policiers permanents et des opérations ciblées dans la périphérie bédouine. Les habitants, eux, réclament une présence visible dans les rues, l’installation de caméras dans les zones sensibles et des mesures concrètes contre les mineurs récidivistes. Beaucoup estiment que seule une politique de tolérance zéro pourra ramener l’ordre dans une ville désormais perçue comme laissée à elle-même.
Dans ce contexte, Be’er Sheva devient un symbole d’un problème national : le fossé sécuritaire qui oppose les grandes villes bien protégées du centre à la périphérie sud, exposée à la criminalité bédouine et à la faiblesse structurelle des forces de l’ordre. Pour les habitants, le problème dépasse le simple banditisme. Il touche au cœur du sentiment d’appartenance et de sécurité, dans une ville située à seulement quelques dizaines de kilomètres de Gaza, au croisement de lignes de fracture sociales, sécuritaires et nationales.
Sources réelles et vérifiables :
Mako (texte original) : https://www.mako.co.il/news-law/2025_q4/Article-552d7e4f1ecbf81027.htm






