Le ministre israélien de l’Éducation, Yoav Kisch, a achevé cette semaine une visite officielle de plusieurs jours aux Émirats arabes unis, marquant une étape diplomatique et académique significative dans les relations entre les deux pays. Il s’agit du tout premier déplacement d’un ministre israélien de l’Éducation dans l’État du Golfe depuis la signature des Accords d’Abraham, un signal politique fort quant à l’approfondissement de la coopération au-delà des seuls volets sécuritaire et économique.
À la tête d’une délégation conjointe du ministère de l’Éducation et du Conseil de l’enseignement supérieur, Yoav Kisch a conduit une série de rencontres de haut niveau axées sur l’enseignement, la recherche et l’innovation. Le moment central du déplacement a été sa réunion avec la ministre émiratie de l’Éducation, Sara Al Amiri, figure clé de la stratégie scientifique et technologique d’Abou Dhabi. Les échanges ont porté sur la structuration de partenariats durables entre systèmes éducatifs, la mobilité académique et la mise en commun de capacités de recherche dans des domaines de pointe.
Le programme de la visite a inclus des déplacements dans plusieurs institutions universitaires considérées comme des vitrines de l’ambition émiratie. La délégation israélienne s’est notamment rendue à Khalifa University, établissement phare en ingénierie et sciences appliquées, ainsi qu’à Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence, première université au monde entièrement dédiée à l’intelligence artificielle. Ces visites ont permis des discussions approfondies sur des projets de recherche conjoints, l’échange de doctorants et de chercheurs, et l’alignement de programmes académiques sur les besoins futurs des économies fondées sur la connaissance.
Un accent particulier a été mis sur l’intelligence artificielle, identifiée par les deux parties comme un levier stratégique. Les responsables ont évoqué la possibilité d’un projet commun structurant dans ce domaine, combinant l’écosystème israélien de l’innovation et l’investissement massif des Émirats dans les infrastructures de recherche et de calcul avancé. Dans un contexte mondial de compétition technologique accrue, ce rapprochement académique est perçu comme un multiplicateur de puissance scientifique et économique pour les deux pays.
Au-delà de la technologie, les échanges ont également abordé des sujets plus sensibles liés aux contenus éducatifs. Des discussions ont eu lieu concernant les programmes et manuels scolaires dans le système éducatif émirati, notamment la manière dont y sont présentés Israël et la Shoah. Pour Jérusalem, ces questions revêtent une importance stratégique, car elles touchent à la lutte contre la désinformation et à la construction d’une compréhension historique partagée dans la région. Le fait que ces thèmes soient abordés ouvertement lors d’un tel déplacement témoigne d’un niveau de confiance politique inhabituel au Moyen-Orient.
La délégation comprenait plusieurs figures de premier plan du monde académique israélien, dont la directrice générale du Conseil de l’enseignement supérieur et des présidents d’universités. Leur présence souligne que la visite ne se limitait pas à un geste diplomatique symbolique, mais visait à jeter des bases concrètes pour des coopérations institutionnelles à long terme. Les échanges techniques ont porté sur des mécanismes de financement de la recherche, la reconnaissance mutuelle de diplômes et la création de cadres facilitant les projets bilatéraux.
Pour des raisons de sécurité, l’ensemble du déplacement s’est déroulé sous le sceau de la discrétion et n’a été rendu public qu’après le retour de la délégation en Israël. Cette précaution illustre à la fois la sensibilité persistante de ce type de coopération régionale et la détermination des deux gouvernements à la faire progresser malgré les tensions géopolitiques actuelles.
Au plan stratégique, cette visite s’inscrit dans une dynamique plus large d’élargissement des Accords d’Abraham vers des domaines civils structurants. L’éducation et la recherche constituent des piliers de stabilité à long terme, capables de créer des réseaux d’intérêts communs indépendants des cycles politiques. Pour Israël, l’accès aux ressources financières et aux plateformes internationales des Émirats représente une opportunité majeure. Pour Abou Dhabi, le partenariat avec un écosystème académique israélien reconnu mondialement renforce son ambition de devenir un hub scientifique global.
En définitive, le déplacement de Yoav Kisch aux Émirats arabes unis dépasse le cadre d’une visite protocolaire. Il marque une volonté explicite de transformer la normalisation diplomatique en coopération intellectuelle et technologique profonde, avec l’intelligence artificielle comme vecteur central. Dans un Moyen-Orient en recomposition, ce type de partenariat éducatif pourrait s’avérer l’un des acquis les plus durables des Accords d’Abraham.






