L’enquête sur la mort tragique de deux ingénieures chimistes à la raffinerie d’Ashdod a connu ce matin un tournant majeur. La police israélienne a procédé à la première arrestation dans cette affaire qui a profondément bouleversé l’opinion publique. Le suspect, Kobi Salem, dirigeant de la société « Salem Yaakov & Sons », fournisseur des bonbonnes de gaz utilisées dans l’installation industrielle, a été interpellé et placé en garde à vue. Plus significatif encore : la qualification des faits a été aggravée et porte désormais sur le chef de « meurtre par indifférence », une infraction passible de vingt ans de prison.
Les victimes, Nitzan Goeichman, 39 ans, et Irina Radchuk, 52 ans, toutes deux résidentes d’Ashdod, travaillaient comme ingénieures chimistes et analystes de laboratoire au sein du complexe industriel. Selon les premiers éléments de l’enquête, les deux femmes portaient des combinaisons de protection hermétiques lorsqu’elles ont perdu connaissance. Les équipes du Magen David Adom ont tenté de longues manœuvres de réanimation sur place, sans succès. Les examens initiaux laissent penser qu’elles seraient décédées d’un manque d’oxygène consécutif à une défaillance technique encore en cours d’analyse.
L’attention des enquêteurs s’est rapidement portée sur les bonbonnes utilisées lors de l’intervention. Ces réservoirs, fournis par la société de Salem, étaient censés contenir de « l’air médical » conforme aux normes industrielles. L’hypothèse actuellement examinée est que les bonbonnes n’auraient pas contenu le gaz requis ou qu’elles auraient été contaminées par une substance inappropriée, provoquant une asphyxie rapide.
Les unités d’enquête du district Sud ont arrêté le suspect sur son lieu de travail. Selon les informations disponibles, il aurait initialement été informé qu’il était soupçonné d’homicide involontaire par négligence. Après consultation avec son avocat, la qualification aurait été modifiée avant même le début formel de son interrogatoire, pour devenir « meurtre par indifférence » — une qualification pénale nettement plus lourde. En droit israélien, cette infraction suppose non seulement une violation grave des obligations de prudence, mais également une conscience du risque létal combinée à une absence d’action pour l’empêcher.
Lors de son interrogatoire, Salem a catégoriquement nié toute responsabilité dans la tragédie. Il affirme que les bonbonnes livrées contenaient bien de l’air médical conforme et non de l’oxygène pur ou une autre substance. Selon sa version, il n’existe aucun lien direct entre son entreprise et la chaîne d’événements ayant conduit à la mort des deux ingénieures.
Son avocat, Me Yoram Halevy, a dénoncé une décision « extrême » et évoqué la possibilité que son client soit devenu un bouc émissaire sous la pression des familles endeuillées et de l’opinion publique. Il a affirmé que l’enquête devait être conduite avec rigueur scientifique et sans céder à l’émotion collective.
Du côté des autorités, la prudence domine. La police a confirmé qu’il s’agit d’une enquête complexe impliquant des expertises techniques approfondies, notamment l’analyse des bonbonnes, des procédures internes de sécurité et des protocoles de maintenance. Les investigations portent également sur la chaîne de contrôle qualité, la documentation de conformité et les responsabilités éventuelles au sein de la raffinerie elle-même.
La dimension juridique de cette affaire est particulièrement sensible. La qualification de « meurtre par indifférence » marque un seuil pénal important. Elle traduit la volonté du parquet d’examiner si des signaux d’alerte préalables auraient été ignorés ou si des défaillances systémiques auraient été connues sans qu’aucune mesure corrective n’ait été prise. Cette distinction est essentielle : elle sépare la négligence technique d’un comportement perçu comme une indifférence consciente au danger.
L’affaire soulève également des interrogations plus larges sur la sécurité industrielle en Israël. Les installations pétrochimiques et les sites à risques élevés sont soumis à des normes strictes, mais la mise en œuvre pratique de ces normes dépend d’une chaîne d’acteurs — fournisseurs, responsables techniques, inspecteurs, direction d’usine. Une faille à un seul maillon peut entraîner des conséquences dramatiques.
Les familles des victimes ont exprimé leur douleur et exigent une enquête exhaustive. La comparution du suspect devant le tribunal de paix d’Ashdod est prévue demain matin. Les enquêteurs devraient demander une prolongation de la détention afin de poursuivre les investigations, examiner les résultats des analyses chimiques et confronter les versions.
Au-delà du volet pénal, cette affaire pourrait avoir des répercussions réglementaires et politiques. Si des manquements systémiques sont établis, des révisions des protocoles de contrôle et des audits de sécurité pourraient être ordonnées à l’échelle nationale. Dans un secteur stratégique et sensible comme celui de l’énergie, la confiance repose sur la certitude que les standards les plus stricts sont respectés.
Pour l’heure, l’enquête continue. Les expertises scientifiques seront déterminantes pour établir si la tragédie résulte d’une erreur technique isolée, d’une négligence grave ou d’un enchaînement plus complexe de responsabilités partagées. Le dossier s’annonce long, sensible et juridiquement déterminant, tant pour les familles des victimes que pour l’ensemble du secteur industriel israélien.






