Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, s’en est pris au gouvernement et a exprimé une critique sévère à l’encontre de l’avancée de la loi visant à empêcher l’arrestation des déserteurs harédim — une information révélée hier soir (mercredi) au journal télévisé principal.
La position d’Eyal Zamir concernant cette loi, qui gèle les arrestations et a été approuvée en deuxième et troisième lecture à la Knesset, était déjà connue. Zamir avait envoyé une lettre au premier ministre Netanyahou, au ministre de la Défense Katz, ainsi qu’au président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, dans laquelle il annonçait que Tsahal ne signerait pas d’exemptions collectives. Mais même après l’adoption de la loi, Zamir continue d’exprimer une critique sévère à l’égard de cette législation — et de la décision du gouvernement de la faire avancer malgré ses mises en garde.
Zamir a formulé cette critique il y a deux semaines et demie, lors d’un forum de l’état-major général, devant les généraux de Tsahal. Selon des informations parvenues à Hadashot 12, Zamir a déclaré : « Nous avons présenté notre position sur ce sujet à de nombreuses reprises devant les différentes commissions, mais personne n’a écouté. Cette loi est fondamentalement viciée, la Cour suprême a déjà gelé son entrée en vigueur, et je ne suis pas certain qu’elle passera cette épreuve. Je donne pour instruction de suivre de près les différents développements sur ce sujet. »
Une loi contestée jusqu’à la Cour suprême
Autrement dit, alors même que la Cour suprême a suspendu l’application de la loi, le chef d’état-major s’oppose ouvertement à Netanyahou, à Katz et à la coalition, qui ont choisi de continuer à la faire avancer. La loi prévoit qu’aucune procédure d’arrestation, d’enquête ou d’application ne sera engagée contre les étudiants de yeshiva soumis à l’obligation de service jusqu’au 30 novembre — une échéance qui devrait selon toute vraisemblance s’étendre compte tenu des élections à venir. Le jour même de son adoption à la Knesset, Netanyahou était absent du vote.
Immédiatement après l’adoption du texte, plusieurs partis d’opposition — Israël Beitenou, Yesh Atid ainsi que le mouvement Israël Hofshit et le Mouvement pour la qualité du gouvernement — ont déposé des recours devant la Cour suprême, qui doit examiner l’affaire en formation élargie de neuf juges. Le président du parti Israël Beitenou, Avigdor Liberman, avait vivement critiqué la mesure : « Netanyahou et la coalition de l’évitement du service nuisent à Tsahal et à la sécurité de l’État pour préserver leurs partenaires Deri et Goldknopf — pour quelques jours de plus au pouvoir. C’est une trahison envers la sécurité de l’État et les combattants de Tsahal. »
Selon des données citées ces dernières semaines, environ 72 000 jeunes harédim âgés de 18 à 24 ans sont aujourd’hui soumis à l’obligation de service militaire mais ignorent les ordres de mobilisation, alors que Tsahal réclame de façon répétée un besoin urgent de 12 000 recrues supplémentaires, sur fond de combats se poursuivant sur plusieurs fronts. Zamir avait par ailleurs averti, avant même le vote, que le texte risquait de créer une profonde fracture avec les soldats qui portent le fardeau du service, en offrant selon lui une incitation à ne pas se présenter au service, puisqu’il s’accompagne d’une exemption de poursuites pénales.
D’après des personnes présentes lors de son intervention devant les généraux, l’instruction de Zamir de « suivre les développements » sur ce sujet a été interprétée comme une consigne visant à s’assurer que la police continue de coopérer avec la police militaire dans le cadre de l’application de la loi et de l’arrestation des déserteurs.
Pour aller plus loin sur la question de la conscription harédie :
- Fuite des déserteurs ultra-orthodoxes bloquée : comment empêcher la fuite de milliers de déserteurs ultra-orthodoxes hors d’Israël ?
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