Entre solitude et « improvisation sur le terrain » : les rabbanites qui conquièrent l’Europe

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Ces dernières années surtout, il est impossible d’ignorer le succès fulgurant de la tendance au développement personnel. Qu’il s’agisse de retraites en Israël ou à l’étranger, de conférences sur le leadership ou d’autonomisation féminine, cela semble être devenu une nécessité plutôt qu’un luxe : un investissement personnel sur le long terme, destiné à fournir des outils pour la vie, et, dans le même souffle, une communauté.

Malgré cette offre infinie, je ne m’étais encore jamais retrouvée dans une expérience de ce genre. C’était vrai jusqu’au mois dernier, où j’ai eu l’occasion de participer à un événement unique en son genre, destiné à une communauté pour laquelle rien de tout cela n’est anodin, mais qui poursuit exactement les mêmes objectifs : un séminaire de leadership pour les rabbanites du judaïsme européen.

Ce séminaire ouvre le programme de développement pour les rabbanites d’Europe (PL »A), à l’initiative de la Conférence des rabbins d’Europe — une organisation qui constitue une représentation politico-juive et rassemble environ 1 000 membres et 800 rabbins actifs, qui dirigent des communautés de Dublin à Vladivostok. Le programme a été fondé il y a quatre ans, à la demande de femmes clés au sein des communautés juives du continent.

La Conférence des rabbins d’Europe supervise une cinquantaine de séminaires et de formations, incluant la formation de rabbins, de scribes de Sifrei Torah, de préposées au mikvé, de superviseurs de cacherout et d’autres encore — et désormais aussi la formation de rabbanites, un besoin né de la difficulté que représente ce nouveau titre et l’entrée en fonction sans aucune formation préalable.

« Diriger équivaut à s’inquiéter »

« C’est une tâche tellement compliquée », raconte la rabbanite Yemima Mizrahi, qui participe à la formation des rabbanites dans le cadre du programme. « Diriger équivaut à s’inquiéter. Mais ce n’est qu’en hébreu que cette merveilleuse expression, « s’inquiéter », signifie à la fois être préoccupé et prendre soin de quelqu’un. Il n’existe pas de dix commandements pour la rabbanite d’une communauté, et aucune femme n’a officiellement occupé cette fonction avant elles. Elles doivent constamment improviser sur le terrain, c’est pourquoi le séminaire représente pour elles un renforcement considérable. »

Le besoin de communauté — aussi basique que cela puisse paraître — devient particulièrement essentiel lorsqu’il s’agit d’émissaires venus d’Israël, qui transposent leur vie dans des pays qui leur sont étrangers. Le séminaire a réuni des femmes clés de communautés juives, petites comme grandes : de Londres, Madrid, Strasbourg et Amsterdam, jusqu’au Bélarus et à Palma de Majorque.

« En tant que famille casher sur une île touristique, nous n’avons pas l’option simple de sortir au restaurant pour nous aérer », a confié Bat-Chen Bar-Gueva, rabbanite de la communauté de Palma de Majorque, évoquant les difficultés d’adaptation liées à ce déménagement.

Ainsi, au cours des trois jours du séminaire qui s’est tenu à Munich, aux côtés de contenus professionnels et enrichissants — dont un atelier de céramique et un atelier de danse — a émergé le dénominateur commun des difficultés auxquelles font face les dirigeantes communautaires, des difficultés auxquelles même la journaliste tel-avivienne qui écrit ces lignes peut s’identifier.

« Nous en sortons plus fortes »

L’un des thèmes centraux abordés fut la difficulté de la solitude. Le déménagement à l’étranger, loin de la famille sur laquelle on peut s’appuyer, et la nécessité de faire face aux difficultés quotidiennes de la fonction, créent des tensions jusqu’au sein même de la cellule familiale.

Là, la communauté de femmes réunies pour le séminaire est devenue une épaule sur laquelle s’appuyer et un environnement sûr pour partager et recevoir des conseils, alors que le sentiment au quotidien est qu’il n’y a personne avec qui se concerter. Pour les participantes, le séminaire constitue le premier échelon dans le maintien de ces liens — avec des femmes qui, quelques heures plus tôt encore, leur étaient étrangères — avec le soutien de la Conférence des rabbins d’Europe, qui continue de les accompagner par la suite lors de rencontres en visioconférence.

Il en va de même pour les défis au sein des communautés elles-mêmes, qui se tournent vers la rabbanite pour obtenir des réponses et de l’aide — qu’il s’agisse de difficultés liées à l’intégration de familles issues de mariages mixtes dans la communauté, ou d’Israéliens ayant émigré en Europe. Ces rencontres leur permettent aussi d’échanger sur le travail courant et d’aborder un sujet particulièrement sensible : l’argent. Par le passé, les rabbanites n’étaient pas rémunérées pour leur travail, contrairement au rabbin, mais l’ampleur des responsabilités qu’exige la fonction a soulevé la question de savoir s’il fallait valoriser financièrement leur travail, et comment.

Dans ce cadre, Moria Nagar, travailleuse sociale titulaire d’un master, thérapeute TCC et animatrice de groupes au centre de résilience international de Sderot, pour le compte de JReady — un projet conjoint du ministère de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme et de l’Agence juive — a animé un atelier consacré à la « résilience dans la fonction de rabbanite », donnant aux participantes des outils concrets.

Pour prolonger la lecture, notre site a également couvert la controverse suscitée par un office dirigé par une femme au centre communautaire de Marseille, ainsi que le débat au sein du Consistoire français sur la montée des femmes à la Torah.

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