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Le contrôle du Sinaï, un défi israélo-égyptien!

La multiplication des attaques à la frontière israélo-égyptienne met en évidence la nécessité d’un accord en matière de sécurité entre les deux pays. Une négociation que le nouveau gouvernement égyptien aura du mal à entreprendre.

Un soldat israélien inspecte les restes calcinés d’un véhicule blindé à proximité de la frontière avec l’Egypte, après l’attaque d’un groupe armé non-identifié.

 

Un poste militaire égyptien à la frontière avec Israël a été attaqué dans la soirée du dimanche 5 août. C’est la plus grande agression menée dans le Sinaï par des représentants de la mouvance du djihad mondial à la fois contre des cibles égyptiennes et israéliennes. L’attaque a eu lieu pendant que les Egyptiens rompaient le jeûne du ramadan. Deux groupes armés, dont les membres appartiendraient à Al-Qaida, ont mené un raid sur le poste-frontière, situé à quelques kilomètres du kibboutz de Kerem Shalom. Ils conduisaient deux véhicules tout-terrain et étaient armés de lance-roquettes et de mitrailleuses. Au moment de l’attaque, une vingtaine de soldats égyptiens se trouvaient à ce poste. Seize militaires [des gardes-frontières] ont été tués.

Le matin même, un avion israélien avait tiré sur une moto qui transportait deux militants appartenant à l’un des groupes terroristes de Gaza. Un salafiste de 22 ans, Eyad Nadi Okel, a été tué. Un autre homme, Ahmed Sayid Ismayil, qui serait membre du djihad mondial, a été blessé. L’armée israélienne a déclaré qu’Ahmed Ismayil avait participé à l’agression du 18 juin 2012, également à la frontière israélo-égyptienne, au cours de laquelle un sous-traitant du ministère de la Défense israélien, Saïd Fachafche, avait été tué. Originaire de Haïfa, cet homme avait 35 ans. L’armée israélienne a ajouté qu’Eyad Okel et Ahmed Ismayil complotaient une attaque à la frontière  israélo-égyptienne avec d’autres membres du djihad mondial, dans le Sinaï et dans la bande de Gaza.

En dépit du fait que les tirs sur la moto et l’attaque dans le Sinaï ont eu lieu le même jour, et que des membres appartenant à la mouvance du djihad mondial étaient impliqués dans les deux cas, des sources de l’armée israélienne ont nié tout lien entre les deux incidents. L’agression du 5 août illustre la volonté des djihadistes de s’en prendre non seulement aux Israéliens, mais également aux forces de sécurité égyptiennes. Ces derniers mois, des incidents ont eu lieu presque tous les jours entre l’armée égyptienne et des groupes armés djihadistes. Des soldats égyptiens auraient été tués par ces extrémistes, qui font partie de cellules d’Al-Qaida disséminés dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Les deux terroristes responsables de l’attaque qui a entraîné la mort de Saïd Fachafche étaient originaires d’Arabie Saoudite et d’Egypte. Dans le Sinaï, il y aurait des forces d’Al-Qaida venues du Yémen, d’Irak, de Syrie ainsi que d’autres pays arabo-musulmans. Ces groupes bénéficient du soutien des Bédouins locaux, et il est possible que ces derniers aient participé à la préparation et à l’exécution de l’attaque qui s’est déroulée dimanche soir. Par ailleurs, divers autres groupes terroristes, qui font de la contrebande d’armes et de marchandises à l’intérieur de la bande de Gaza, les assistent.

Actuellement, un millier de soldats de la police frontalière égyptienne sont postés dans le Sinaï, ainsi que des soldats d’autres unités de l’armée égyptienne, mais leur objectif est essentiellement de protéger la bande côtière et les routes qui mènent aux principales villes au nord du Sinaï, El Arish et Rafah. Ces militaires ne font pas partie d’unités d’élite et ne sont pas formés pour intervenir en cas d’attaques terroristes. Leurs bases sont mal protégées et dirigées vers le Sinaï, et non pas Israël, par peur d’attaques menées par des bandes bédouines ou islamistes. A de nombreux égards, la négligence du gouvernement égyptien qui a commencé sous le régime de Moubarak a contribué à transformer le Sinaï en un no man’s land contrôlé par les groupes du djihad mondial et les Bédouins armés [la faible présence de l’armée égyptienne est également due au traité de paix de 1979 entre Israël et l’Egypte qui prévoit la démilitarisation de la zone frontalière du Sinaï].

L’attaque du 5 août était inhabituelle par son audace. Il est clair que le groupe qui l’a menée voulait avant tout faire de nombreuses victimes parmi les soldats égyptiens et, semble-t-il, dissuader les militaires de s’engager dans cette région. S’en prendre à Israël était apparemment un objectif secondaire. Le défi auquel sont confrontées les forces de sécurité israéliennes et égyptiennes est la multiplication potentielle de ce type d’agressions, en raison du contexte sécuritaire au Sinaï et de l’absence quasiment totale de véritable obstacle.

Dans quelle mesure les liens entre l’Egypte et Israël seront-ils affectés par cet incident, étant donné que les relations avec le nouveau gouvernement égyptien sont déjà fragiles ? Récemment, le président de l’Egypte, Mohamed Morsi, a déclaré qu’il ne voulait pas donner l’impression d’une coopération entre l’Egypte et Israël.

Il ne souhaite pas non plus renforcer les liens en matière de sécurité, car l’opinion publique égyptienne risque d’être opposée à ce type de mesures radicales. La réaction de l’armée égyptienne est encore incertaine et il est impossible de savoir si elle continuera d’éviter toute confrontation avec les terroristes.

En revanche, on peut imaginer que l’opinion publique égyptienne exigera que des mesures soient prises à la suite de l’attaque du 5 août. Reste à voir, par ailleurs, quelles seront les répercutions de cette agression sur la sécurité entre Gaza et Israël. Dans l’immédiat, il semble que ni le Hamas ni aucun autre groupe de la bande de Gaza n’ait l’intention d’envenimer la situation avec Israël.

L’incident de dimanche, du point de vue israélien, s’est bien terminé : il n’y a eu aucun blessé et aucun terroriste n’a traversé la frontière. C’est pourtant un rappel douloureux de la situation complexe à laquelle Israël fait face le long de ses frontières méridionale et  septentrionale, alors que l’opinion publique israélienne n’est préoccupée que par l’Iran.

Amos Harel et Avi Issacharoff pour Ha’Aretz

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